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Le dernier film de Raymond Depardon tourné à Bron !

"12 jours", le dernier film de Raymond Depardon, a été tourné au Vinatier, principalement dans une salle d’audience, où se retrouvent dans les 12 jours qui suivent une hospitalisation sans consentement le juge et le patient. Après une projection en avant-première aux Alizés le 27 novembre, puis du 29 novembre au 5 décembre, vous pourrez également découvrir ce film aux Journées “Cinéma et psychiatrie” au Vinatier les 12 et 13 décembre. Découvrez l'interview de Natalie Giloux, qui a sollicité Raymond Depardon pour la réalisation de ce documentaire.

Interview de Natalie Giloux psychiatre, responsable du service Pôle Est à l’hôpital du Vinatier

Quelle est l’origine du film documentaire ?

Natalie Giloux : L’idée de départ était de sensibiliser à la question de l’hospitalisation sous contrainte, suite à une loi parue en 2011, révisée en 2013, qui oblige les patients hospitalisés sans consentement à se présenter devant un juge avant le 12e jour de leur séjour à l’hôpital.
Cette loi était contestée au départ, certains craignaient le contrôle de la Justice sur les pratiques médicales… Elle était difficile d’application. Pour autant, Le Vinatier a été l’un des premiers hôpitaux à répondre positivement à cette loi, en installant une salle d’audience à l’entrée du site.
J’ai été moi-même missionnée pendant 4 ans pour former les magistrats à cette nouvelle fonction, et également pour les familiariser à la maladie mentale, au sein de sessions que j’ai codirigées avec le juge Marion Primevert. Ensemble, nous avons souhaité qu’un documentaire traite de ce sujet.
Un vrai bon film documentaire ? Nous étions toutes deux du même avis : il n’y avait que Raymond Depardon qui puisse le faire ! C’est un cinéaste qui ne cherche pas le sensationnel, la provocation ou les clichés. Il est hypersensible. Et il connaît déjà l’univers de la psychiatrie et de la justice. Nous lui avons écrit et obtenu un rendez-vous. Il a été intéressé par le thème, par l’idée. Et a donné un avis favorable en juin 2015.

Raymond Depardon a donc installé sa caméra au Vinatier…

Natalie Giloux : Il a d’abord visité l’hôpital. Lui qui a grandi non loin d’ici, dans une ferme du Beaujolais, il était, je crois, content de découvrir ce lieu. Il avait entendu parler du Vinatier, quand il était petit… Il a souhaité “filmer à chaud”, comme à son habitude, sans déranger. Il a posé ses 3 caméras hyper sophistiquées.
Raymond Depardon et son ingénieur du son se sont mêlés au mobilier. Il le dit lui-même, quand il filme, il se tient debout, immobile comme un porte-manteau ! La condition était aussi, bien sûr, d’obtenir l’accord des patients, de leur famille ou de leur tuteur, du juge des tutelles… Pour 6 semaines de tournage, l’obtention des autorisations a pris une année ! Bref, il a filmé plus de 70 audiences, et en a retenu 10.

Votre impression sur le documentaire ?

Natalie Giloux : Au-delà de l’aspect documentaire sur l’application de cette loi, "12 jours" brise les préjugés sur la psychiatrie. Ils sont nombreux malheureusement, la maladie mentale est souvent vécue comme une maladie honteuse, il y a une grande confusion entre maladie mentale et violence.
Raymond Depardon montre autre chose. Il est un homme libre, son documentaire n’a été dicté ni par la psychiatrie, ni par la magistrature. Il transmet son regard, sa sensibilité, puissante, sincère, humaine et bienveillante. La charge émotionnelle est importante. Il nous montre la grande souffrance de la maladie mentale.

Cinéma et psychiatrie, deux journées d’échange

Les Journées Cinéma et psychiatrie 2017 du Vinatier programme le 12 décembre la projection du documentaire "12 jours" et de deux autres de ses longs métrages, suivi d’un échange avec Raymond Depardon. La journée du 13 décembre sera consacrée au Festival de Lorquin, dont une sélection de l’édition 2017 sera proposée au public, avec des tables rondes organisées à l’issue des projections.
Victime de son succès, cette 7e édition affiche complet !