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Christophe Lemaitre

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Course de Christophe Lemaitre aux Jeux de Rio 2016
- DR

Lemaitre de cérémonie !

Le sport brondillant était à l’honneur vendredi 18 novembre 2016 lors de la Fête des Sports organisée par la Ville de Bron et l’Office Municipal du Sport. Une soirée de gala où les performances faisaient place aux récompenses. Un temps convivial placé sous le signe du fair-play, parrainé par un athlète d’exception, Christophe Lemaitre. Un invité descendu de l’Olympe et une belle surprise concoctée par l’Adjoint aux Sports Djamel Boudebibah. Rencontre avec “El Maestro” un mois avant l'événement.

CHRISTOPHE LEMAITRE DIGEST
le 11 juin 1990 à Annecy (74)
Taille : 1m90
Poids : 74 kg
Spécialités : 60m, 100m, 200m
Palmarès :

  • Champion d’Europe du 100, 200 et 4 x 100m à Barcelone (2010)
  • Médaille de bronze du 200m et d’argent du 4 x 100m aux Championnats du Monde à Daegu (2011)
  • Médaille de bronze du 60m aux Championnats d’Europe indoor à Paris (2011)
  • Champion d’Europe du 100m et médaille de bronze du 4 x 100m à Helsinki (2012)
  • Médaille de bronze du 4 x 100m aux Jeux Olympiques de Londres (2012)
  • Médaille d’argent du 100 et du 200m et médaille de bronze du 4 x 100m aux Championnats d’Europe à Zurich (2014)
  • Médaille de bronze du 200m aux Jeux Olympiques de Rio (2016)
  • Champion d’Europe junior du 200m en 2009
  • Champion de France du 100m en 2010, 2011, 2012 et 2014
  • Champion de France du 200m en 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 et 2015
  • Champion de France du 60m (indoor) en 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 et 2015
  • Recordman de France du 200 m en 19”80 depuis septembre 2011

Bron Mag : Vendredi 18 novembre, vous serez le parrain de la Fête des Sports
de Bron. Pourquoi avoir accepté l’invitation ?

Christophe Lemaitre : Tout simplement parce que moi-même, j’ai découvert l’athlétisme grâce à une fête du sport près de chez moi. Je pense que c’est une bonne occasion, notamment pour les jeunes, de découvrir le sport en général, une discipline. En ce qui me concerne, je savais déjà que je courais vite par rapport aux enfants de mon âge, mais effectivement lorsqu’un coach d’athlé (ndlr : Jean-Pierre Nehr, entraîneur de la section de Belley de l’AS Aix-les-Bains) te dit que tu devrais vraiment faire du sprint, ça te met la puce à l’oreille. Je m’étais essayé au rugby, au foot et au hand, sans succès, et cette rencontre a été un déclic.

BM : On rappelle souvent que vous êtes entré dans l’histoire de l’athlé, en devenant, à 20 ans, le premier sprinter blanc sous les 10 secondes (9’’98) sur 100 m. Comment le prenez-vous ?

CL : Au début, cela m’a un peu agacé parce que ce qui comptait pour moi, c’était juste de courir vite, de battre mes records, d’abaisser mes chronos et non pas toutes ces histoires. En fait, je n’y accorde pas d’importance.
Je préfère rester sur le côté sportif. Avant même de passer sous cette barre, cela ne m’obnubilait pas, je m’en fichais même. Ce que je voulais, c’était réussir la performance.

BM : 56 ans après Abdoulaye Saye aux JO de Rome en 1960, vous êtes devenu à Rio le deuxième Français médaillé olympique sur 200m. Est-ce important pour vous de marquer l’histoire de votre discipline ?

CL : Pour être honnête, ce n’est pas ce qui m’intéresse. Je ne m’entraîne pas pour cela. Moi ce qui m’importe, c’est de courir, pouvoir faire de la compétition, prendre du plaisir et rapporter des titres et des médailles.

BM : Où situez-vous votre médaille de bronze de Rio dans votre palmarès ?

CL : Elle a une saveur particulière, c’est certain. Pour le moment, c’est ma plus belle émotion, plus que mes titres européens ou mes médailles mondiales. Après, j’espère que ce ne sera pas la dernière. Après des années en demi-teinte, ça décuple ma joie d’avoir pu la gagner. Fouler la piste olympique, c’est le rêve de beaucoup de sportifs. Alors ramener une médaille, c’est quelque chose de complètement à part.

« Ma médaille de bronze à Rio est pour le moment ma plus belle émotion. »

BM : Peut-on parler de résurrection ?

CL : Oui, totalement après des années de galère qui finalement n’auraient jamais dû exister. J’aurai dû rester au sommet et être en permanence un prétendant au titre. Après 2011 et 2012, j’ai travaillé très dur. Plus dur, même, que les années où j’avais réussi. Et, finalement, mes chronos n’étaient pas bons. Je n’ai pas gagné de titre européen, ni atteint de finale mondiale malgré un gros investissement, des souffrances. C’était très frustrant. Je travaillais trop. Et ça m’a coûté cher. Mais mes échecs ne m’ont jamais hanté. Ils m’ont servi pour construire les saisons suivantes. Récemment, on a décidé de revenir aux bases, et j’ai surtout repris beaucoup de plaisir.
À Rio, par exemple, je me suis amusé. Chaque course était géniale, j’ai profité de chaque instant. Et ça a plutôt bien marché.

Maintenant, je reprends le chemin de ma progression et ma carrière là où je les avais laissés. Et j’espère que cela va continuer.

BM : À quoi pense Christophe Lemaitre dans les starting-blocks au départ d’une finale olympique du 200 m ?

CL : On essaye de se focaliser sur la course. Il y a aussi beaucoup d’impatience et d’envie parce que je la voulais vraiment cette finale. Il y a avait un peu de pression bien sûr, c’est une finale olympique quand même ! Pas la pression qui vous bloque, qui vous tétanise, mais celle qui vous fait avancer. Je n’ai jamais eu ce type de pression qui empêche de courir. À ce moment-là, je me dis “ je vais essayer d’être à fond ”. Car le but, c’est de tout donner pour concrétiser le travail mis en oeuvre ces dernières années et réaliser son rêve olympique.

BM : Le bronze s’est joué au millième de seconde. Ça vous évoque quoi ? A-t-on de l’empathie pour celui qui reste au pied du podium ?

CL : C’est sûr qu’à sa place, j’aurais été dégouté, et je pense que cette finale m’aurait hanté longtemps ! Donc oui, il y a forcément un peu d’empathie. Ensuite, cela prouve que c’était super serré et que tout le monde pouvait monter sur la boîte. Je me suis dit : « Mince, je gagne la médaille pour pas grand-chose ! ». Tout s’est décidé dans les derniers instants, lorsque je jette mes épaules vers l’avant. C’était très serré, j’ai lutté jusqu’à la fin. Je n’étais plus tellement lucide, et j’ai cassé un peu trop tôt. Mais, finalement, c’est sûrement ce qui m’a apporté la médaille. Peut-être le plus beau geste de ma carrière.

BM : À 26 ans, vous avez encore de belles années devant vous.
Quels sont vos objectifs aujourd’hui ?

CL : De progresser encore et toujours. J’espère que cette médaille olympique sera un déclic, un nouveau départ. J’aimerais surfer sur cette bonne dynamique pendant un moment pour décrocher à l’avenir de nouvelles médailles au niveau mondial, comme j’aurais dû le faire ces dernières années. J’ai encore de belles échéances devant moi. J’ai déjà Tokyo 2020 en tête, même s’il y en aura beaucoup d’autres avant, notamment les Mondiaux de Londres l’an prochain.

BM : Usain Bolt vous a rendu hommage à Rio. Quel regard avez-vous sur lui ?

CL : Pour moi, Bolt, c’est le meilleur, c’est évidemment une légende, quasi intouchable. Mais sur la ligne de départ c’est un adversaire comme un autre. Chacun court pour soi. Je ne me focalise pas sur lui. Au début, j’étais content de courir contre lui. Maintenant, cela ne me fait plus grand-chose. Et j’essaye de me dire que je cours contre n’importe qui, même s’il n’est pas n’importe qui. Il peut être éliminé comme tout le monde. Si j’ai beaucoup de respect pour ce qu’il a fait, je ne l’ai jamais mis sur un piédestal. Je ne suis pas quelqu’un qui idolâtre les gens. Gamin, je n’ai jamais idolâtré un chanteur ou un sportif.

BM : Vous avez dit en interview : « Je cours pour moi, pour ma gueule ». Faut-il forcément être égoïste lorsqu’on est athlète de haut niveau ?

CL : Oui, il le faut, c’est clair. Il faut courir après ses propres objectifs, pour son projet sportif. Le haut niveau est exigeant, dur, et je ne cherche pas
forcément à faire plaisir aux gens. Il faut tout donner pour accomplir ses objectifs personnels, donc il y a forcément une forme d’autocentrage.

BM : L’avant JO a été marqué par des scandales liés au dopage. Quelle est votre position ?

CL : Ce qui me gêne dans l’affaire russe, c’est qu’on a mis dans le même sac des athlètes propres et des gens qui ont joué consciemment avec le feu en se dopant. Je pense qu’il faut faire le ménage dans l’athlé, en faisant attention à ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Personnellement, je serais pour des sanctions plus lourdes pour les dopés, au minimum quatre ans. Avec surtout une grosse amende financière, parce qu’on sait bien que les athlètes qui trichent le font pour la gloire et l’argent. Donc, si on les frappe au porte-monnaie, ça leur fera mal. Ensuite, lors d’un deuxième, voir d’un troisième cas de dopage avéré, il ne faut pas hésiter et infliger une suspension à vie.

BM : Parlons reconversion. Savez-vous ce que vous ferez après ?

CL : Pour le moment non. Actuellement je suis en plein dans mon diplôme universitaire des métiers du sport. Cela m’occupe et me permet de ne pas être uniquement dans l’athlétisme. Je crois que c’est une bonne idée de joindre l’utile à l’agréable. Après, pourquoi pas continuer dans cette voie, mais pour le moment, je n’ai pas trop réfléchi à l’après. Je suis pleinement concentré sur ma carrière et mes objectifs sportifs.