En 1833, la loi Guizot impose aux communes l’obligation de tenir une école primaire. Ainsi fut fait à Bron.
Poursuivez l'Histoire : Retrouvez ici le texte complet de l'article "Histoire et Patrimoine" dont un extrait est présenté dans le magazine municipal B[r]ONjour n°53 de décembre 2025.
L’éducation est un pilier majeur du progrès. François Guizot (1787-1874), ministre de l’Instruction publique, le savait bien. En ce règne du roi Louis-Philippe, la France ne pouvait plus se contenter de laisser l’apprentissage de la lecture et de l’écriture à des « régents d’école », souvent descendus des montagnes, pour venir enseigner de temps en temps leur savoir à nos chers enfants. Aussi, par sa loi du 28 juin 1833, Guizot institua-t-il l’obligation pour toutes les communes, de tenir une école publique. Ainsi fut fait à Bron, qui comptait alors 798 habitants. C’est donc le conseil municipal qui, après avis d’un comité local puis la bénédiction du sous-préfet de Vienne, se chargea de recruter l’instituteur communal. Tel Jean-Claude Bouchet, qui exerça jusqu’en 1839. Ou tel son successeur Louis-François Cou en 1840, qualifié comme étant « l’un des meilleurs élèves sortant de l’école normale de Grenoble ».
Deux écoles : une publique, une privée
Venus des départements du Rhône ou de l’Isère – ainsi de l’Isle d’Abeau, de Saint-Priest, de Brignais, de Beaujeu, voire de Bron même -, ces instituteurs ne restent au mieux que quelques années en poste dans notre commune. L’on assiste donc à un fort turn-over, à Louis-François Cou succédant Etienne Bancel en 1842, puis le sieur Joubert en 1846, ou encore Victor Plasse en 1849, un jeune homme de 26 ans dont « les pièces produites tant sur sa moralité que sur son instruction sont toutes à son avantage ». Mais leur désignation n’est pas toujours simple. Ainsi en 1849, le sous-préfet, le comité local et le conseil municipal bataillent entre eux, chacun y allant de son propre candidat ! Pour ajouter à cette complication, Bron n’a pas une seule école, mais deux : une publique, accueillie dans une salle proche de l’église Saint-Denis, et l’autre privée, tenue par un particulier. Et les deux se font une rude concurrence, puisqu’en 1843 l’école publique de l’instituteur Etienne Bancel n’accueille que 12 élèves, tandis que l’école privée du sieur Anthelme, constituée d’une seule et unique classe, accueille pour sa part 60 élèves ! Vous avez bien lu, 60 élèves dans une classe…
Le nord plus égalitaire
Ces classes étaient, outils numériques exceptés, assez semblables aux nôtres, ou à celles que l’on peut voir dans le film La gloire de mon père, tiré du roman de Marcel Pagnol. Ainsi en 1844, un inventaire du mobilier de l’école publique de Bron fait état de bancs et de tables pour les élèves, d’un chevalet, d’une chaire sur laquelle trône le professeur, d’un poêle pour chauffer le local et, bien sûr, de plusieurs tableaux. L’histoire ne dit pas si « l’instit » disposait aussi d’une grande règle pour faire régner la discipline parmi la foule de ses élèves. Tous étaient des garçons. Car, en ces premiers temps d’école publique, Bron ne disposait pas d’une classe communale pour les filles. Il fut bien question, en 1860, d’en établir enfin une, mais le conseil municipal recula face à la dépense. Il se réfugia aussi derrière le fait qu’une école libre était tenue dans la commune par des religieuses de la congrégation Saint-Joseph, à laquelle il avait été fait don à perpétuité « d’une maison très convenable pour l’instruction des jeunes filles ». Une génération plus tard, en 1881-1882, les lois de Jules Ferry allaient instaurer l’instruction obligatoire, laïque et gratuite pour tous les élèves, aussi bien filles que garçons.
Aline Vallais
Sources : Archives municipales de Bron, registres des délibérations, 1838-1863.