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La fin d'une époque

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La Maison Forte de Bron

Dans les années 1830, les descendants des seigneurs de Bron mettent fin en quelques actes notariés à l’union qui avait perduré pendant des siècles entre leur famille et notre commune.

Poursuivez l'Histoire : Retrouvez ici le texte complet de l'article "Histoire et Patrimoine" dont un extrait est présenté dans le magazine municipal B[r]onjour n°01 de Janvier 2021.

Peinture du château de Bron
© DR

30 mars 1831. La femme du dernier seigneur de Bron, la marquise Jeanne-Antoinette de Laube, s’éteint en son domicile de la rue Auguste-Comte, à Lyon, à l’âge de 87 ans. Son mari, Louis de Leusse, était mort depuis déjà bien longtemps : il avait été exécuté lors de la Terreur, le 14 janvier 1794, après avoir été accusé de s’être entendu avec les révoltés contre-révolutionnaires.
Pendant ses 37 ans de veuvage, la marquise avait continué à vivre comme ses ancêtres avant elle, un pied à Lyon et l’autre à Bron, veillant sur les grands domaines que sa famille possédait dans notre commune depuis moult générations.
Mais avec son décès, une page de l’histoire se tourne définitivement.

 

Des biens cédés, les uns après les autres...

Louis, Marquis de-Leusse est guillotiné sur la place des Terreaux le 14 janvier 1794 durant la Terreur
© DR

Ayant hérité des biens de la marquise, ses enfants et ses petits-enfants ne voient plus le patrimoine de leur famille de la même façon. Eux ne vivent plus à Bron : son fils Auguste de Leusse habite Lyon, tandis que ses petites-filles Marie-Françoise et Marie-Sophie Dupuits de Maconnex, résident à Meyzieu. Quant au petit-fils préféré de la défunte marquise, Thimoléon de Leusse (1804-1871) - lui qui, enfant, gambadait dans le  château brondillant et qui, jeune homme, avait fait son royaume du dernier étage de la bâtisse ancestrale -, il demeure désormais avec son épouse Pauline de Colbert dans un lointain château, à Montboissier, en Beauce, au sud-ouest de Paris.
À présent coupés de Bron, les enfants et petits-enfants de Jeanne- Antoinette de Laube entendent se débarrasser des biens dont ils ont hérité. Sans doute ont-ils besoin d’argent, probablement veulent-ils aussi ne plus s’encombrer des soucis à gérer tel ou tel domaine, telle ou telle parcelle.
Les premières à franchir le pas sont Marie-Françoise et Marie-Sophie Dupuits de Maconnex, les petites-filles. Le 8 août 1833, deux ans après le décès de leur grand-mère, elle se rendent devant le notaire de Villeurbanne et, en à peine trois actes, vendent à des paysans brondillants 7 hectares de vignes et de terre aux Bayettières et à Pré-Vieux, près du fort actuel. Elles en tirent 30 000 francs, une petite  fortune à une époque où un ouvrier possédait tout juste quelques centaines de francs.

Plus ancien bâtiment de la ville, le château de Bron est aujourd’hui divisé en logements privés
© DR

Quelques mois plus tard, en novembre 1833, intervient Auguste de Leusse, le fils de la marquise, qui en six actes, se sépare de 27 hectares de biens au soleil, dont un domaine entier avec ses bâtiments, pour un montant de 63 000 francs. Reste le petit-fils favori de la marquise, Thimoléon de Leusse. Lui attend 1834 pour céder son héritage. À des cultivateurs, au  garde-champêtre, à un aubergiste, il vend des vignes, des terres, un domaine également, pour 35 000 francs.
Et il accomplit aussi le plus difficile, le crève-coeur : la vente du château. Le 16 septembre 1834, il cède à Nicolas Mas, « cultivateur et propriétaire demeurant sur la commune de Bron », en fait l’un des plus riches paysans du village, « le château de Bron, tous les bâtiments et dépendances, cour, jardins, pré, terre, pâturage et verger, vigne », contenant au total 11 hectares. Le prix de ce bijou de famille atteint 50 000 francs, que l’acheteur réglera six et dix ans plus tard, avec intérêts. Restèrent aux membres de la famille de Leusse des souvenirs, et un attachement sentimental à Bron qui, peut-être, s’exprime encore chez ses descendants.

Aline Vallais
Sources : Archives du Rhône, 3 E 34293 et 34294.
Archives municipales de Lyon, 2 E 262.

Le château de Bron

Vue aérienne de 1930
© DR

Construit au Moyen Age et constamment réaménagé depuis, le château de Bron existe encore de nos jours. Il se situe sur la bien nommée rue de la Maison-Forte, à deux pas de la vieille église Saint-Denis.
Il se compose d’un gros bâtiment à plan carré, haut de deux étages et hérissé de nombreuses cheminées, directement hérité du donjon qui se dressait ici à l’époque médiévale. Plus récente, une annexe à un étage le jouxte à l’est, tandis qu’au sud le château se poursuivait par une tour ronde, qui fut malheureusement détruite au début du 20e siècle et qui ne subsiste plus que par le nom d’une rue adjacente, la rue de la Tour-Pointue. Le château lui-même a bien failli disparaître au cours de la Révolution.
Heureusement, le projet de démolition ne fut pas mis à exécution et ne se traduisit que par des pillages. Ce monument est aujourd’hui divisé en logements privés, et constitue le plus ancien bâtiment de toute la ville de Bron.

La Maison forte vers 1830
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Plan de situation de la Maison forte en 1812
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1 - Corps de logis, partie la plus ancienne datant du XIIIe siècle.
2 - Partie latérale construite au XVIIIe siècle
3 - La “Petite tour”
4 - Tour ronde ou “Tour pointue”
5 - Remise pour le matériel agricole
6 - Logement des domestiques
7 - Grange à fourrage
8 - Puits couvert
A - Meurtrière dans la salle forte du rez-de-chaussée, existante encore aujourd’hui