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Quand Lyon faillit annexer Bron

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Comme Bron ou Vénissieux, Villeurbanne aussi faillit passer sous pavillon lyonnais. Francis de Pressensé, député socialiste de la circonscription, avait mis toutes ses forces et son autorité à combattre la tentative d’annexion.
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Au tout début du 20e siècle, le maire de Lyon se mit en tête d’annexer purement et simplement une bonne partie de Bron. Récit d’une histoire rocambolesque.

Le projet d'annexion de 1903
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Cette histoire vraie serait partie d’un rien. En mars 1902, le plus grand cirque du monde, Barnum, s’installa à Villeurbanne à l’occasion d’une tournée en Europe. Le maire de Lyon, Victor Augagneur, s’en serait étranglé de rage, car il souhaitait que le célèbre Américain plante son chapiteau sur le territoire de sa ville. Et ni une ni deux, le maire des canuts déterra la hache de guerre et lança une procédure d’annexion de Villeurbanne.

Ses arguments furent nombreux, entre une nécessaire harmonie fiscale des deux communes, une lutte contre le risque d’épidémie dans les quartiers populaires de la banlieue, et patati, et patata. Tout ceci aurait pu rester une affaire purement lyonno-villeurbannaise, si Victor Augagneur n’avait pas mis dans la balance une raison supplémentaire : faire coïncider le Lyon municipal avec le Lyon militaire. En clair, donner à Lyon des limites qui correspondent aux remparts ceinturant la ville. Sauf que, depuis leur construction dans les années 1880, ces remparts débordaient largement hors de Lyon :  correspondant à l’actuel boulevard Laurent-Bonnevay, leur tracé enserrait le plus clair de Villeurbanne, le nord de Vénissieux et… tout l’ouest de Bron.

À suivre Victor Augagneur, le quartier des Genêts, l’ensemble du Vinatier et tout le quartier des Essarts deviendraient ainsi lyonnais !

Victor Augagneur, Maire de Lyon voulait agrandir la surface du territoire communal, afin de lutter contre l’expansion de Marseille et de s’affirmer comme la 2e métropole française après Paris.
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4 851 opposants contre seulement 3 adhésions

Les Villes de l’Est lyonnais lancent des appels à la population.
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L’affaire prend une tournure officielle, et arrive sous les yeux des élus brondillants en mars 1903. Stupéfaction du  maire et des conseillers municipaux. Bron serait amputée d’un coup de 240 hectares, perdrait le tiers de ses habitants, et se verrait privée de toute possibilité d’expansion vers l’ouest, où commencent à fleurir de nouvelles maisons et même des projets d’usines. En somme, cette affaire oblitèrerait gravement l’avenir de notre commune.

Le maire de Lyon, qui se doutait bien que son appétit soulèverait des oppositions, a quand même prévu des compensations : Bron recevrait une partie du territoire de Villeurbanne - les quartiers de La Soie et des Brosses, soit 170 hectares. Pas assez, répondent nos élus, qui réclament aussi… tout le sud de Vaulx-en-Velin ! Quant au gouvernement, il considère d’un oeil favorable le projet d’Augagneur. Cette annexion s’inscrit en effet dans l’air du temps, qui a déjà vu Paris avaler bon nombre de communes de sa proche banlieue (Vaugirard, Montmartre, etc.), tout comme l’ont fait Marseille ou aussi Lyon, qui absorba La Croix-Rousse, Vaise et La Guillotière en 1852. Peu à peu, l’idée chemine à Bron d’une prochaine annexion.

En 1903 et 1904, cinq Conseils municipaux abordent ainsi le sujet, qui montrent des élus désarmés face à l’inéluctable, et qui tentent d’en atténuer les  conséquences. Côté opinion publique, les avis sont on ne peut plus tranchés : une enquête officielle menée dans l’Est lyonnais aboutit au score sans appel de 4851 opposants contre seulement 3 adhésions ! En pure perte : en 1905, la Chambre des députés vote en faveur de l’annexion. Le lion rugissant ne va-t-il faire qu’une bouchée des brondillants d’antan ? Non. Mais il s’en est fallu d’un cheveu…

Aline Vallais

Sources : Archives du Rhône, 1 M 87 et 88. Archives de Bron, délibérations municipales, 1903-1907. Fleury-Ravarin, Chambre des députés. Rapport [sur] le projet de loi tendant à annexer à la ville de Lyon la commune de Villeurbanne, 1905, 146 p.

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