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les vignerons de Bron

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Pendant des siècles, tout comme bien d’autres communes des environs de Lyon, Bron eut son lot de viticulteurs.

Poursuivez l'Histoire : Retrouvez ici le texte complet de l'article "Histoire et Patrimoine" dont un extrait est présenté dans le magazine municipal B[r]ONjour n°57 d'avril 2026.

Autrefois, tout paysan se devait d’avoir sa petite vigne à portée de sa maison, afin de pouvoir boire son propre vin, ou au moins de la piquette, un mélange d’eau et de jus de raisin. Comme Benoit Froment, qui, en 1655, détient près du stade Pierre-Duboeuf actuel, « une maison pré vigne et terre joignant le chemin de larenier de bize, contenant quatre bicherées et demy », soit un petit peu plus d’un hectare. En ce règne de Louis XIV, le parcellaire de Bron, l’ancêtre de notre cadastre, en décrit ainsi 29. Elle se situent aux abords de notre place Curial, mais s’étendent aussi sur les coteaux alentours, comme « la vigne appelé de Montferra » ou comme celles des hauteurs de Monchat, qui valurent son nom au chemin puis à l’hôpital du Vinatier. D’abord réduit, ce vignoble brondillant s’étend de plus en plus au 18e siècle, au point de gagner aussi Parilly. Et au point de se professionnaliser. La preuve ? Voyez tous ces vignerons de métier, que citent les archives de Bron dans les années 1750-1780 : Barthélémy Chenavier, Antoine Garnier, Louis Drivon, Joseph Guillot, Christophe Dyen, Claude Berthin, Claude Trouillet, Antoine Sambet, Benoit Calemard, etc., etc. 

La plupart ne roulent pas sur l’or, au point que les actes notariés les qualifient de « petits vignerons ». A l’image d’Antoine Garnier, « petit vigneron habitant a Bron mas de Parilly », en 1785, et dont la fortune ne dépasse guère les 600 Livres, soit six ans de salaire d’un ouvrier agricole. Mais d’autres s’avèrent nettement plus aisés, au point d’atteindre les rangs de la moyenne paysannerie. Ainsi en va-t-il de Jean Serre. Bien malade, au point qu’il pense sa dernière heure arrivée, cet homme fait venir le 8 juin 1764 le notaire de Vénissieux dans sa demeure, afin de lui dicter son testament. Il lègue à ses filles Anne et Antoinette 500 Livres chacune, gardant le reste de ses biens pour son fils, prénommé Jean lui aussi. Puis Jean Serre demande au notaire de faire un bref inventaire de ses biens. Après avoir examiné ses quatre tonneaux de « vin cleret » remisés à la cave, et s’être attardé sur la belle horloge trônant dans la pièce principale de la maison, le notaire décrit les bestiaux : un troupeau de 18 moutons, deux vaches, et deux mulets servant à tirer les charrettes de l’exploitation. Puis il ouvre un grand coffre en sapin. Et là, stupeur, il découvre le trésor du vigneron, « la somme de 1500 Livres argent monnaie », soit une petite fortune. Pas étonnant dès lors, à ce que Jean Serre demande à être enterré à l’intérieur de l’église de Bron, et non dans le cimetière du village : sa place dans l’au-delà, se trouve au côté des nobles, des bourgeois et des paysans riches ! Pourtant, le vin de Bron n’avait rien d’un Hermitage, le roi des Côtes-du-Rhône, qui se buvait au 18e siècle jusqu’à la cour des tsars de Russie. Comme à Vénissieux, à Feyzin, à Villeurbanne ou à Saint-Priest, les vignerons brondillants plantaient leurs vignes bien trop drues, à raison de 20.000 à 25.000 ceps par hectare, soit cinq à dix fois plus que les viticulteurs actuels ! Le phylloxera et l’urbanisation progressive de Bron, à partir de la fin du 19e siècle, eurent-ils raison des vignes de notre ville :  leur culture « est en décroissance et tend à disparaître », constate le conseil municipal, en septembre 1916.

Aline Vallais

Sources : Archives du Rhône, Edépôt 29/27, 3 E 11452, 11454 et 11495.

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