Poster une lettre. Si ce geste est simple pour nous aujourd’hui, il demanda beaucoup de patience aux Brondillants d’autrefois. Récit d’une longue bataille.
Poursuivez l'Histoire : Retrouvez ici le texte complet de l'article "Histoire et Patrimoine" dont un extrait est présenté dans le magazine municipal B[r]ONjour n°56 de mars 2026.
Le timbre-poste fut inventé en Angleterre en 1840, et fut adopté par la France en 1849. C’est entre ces deux dates, et plus précisément en 1845, que les Brondillants réclamèrent pour la première fois la création d’un bureau de poste dans leur commune, « pour la distribution des lettres ». Hélas, 30 ans plus tard, en 1875, leur vœu n’était toujours pas exaucé. Déjà bien beau qu’ils aient obtenu un facteur ! Celui-ci, venu de La Guillotière ou de Villeurbanne, commençait sa distribution par l’asile du Vinatier, puis desservait successivement les Essarts, Parilly, la mairie, la route nationale, l’église, Lessivas, et achevait sa tournée par le quartier des Brosses. Une génération passa encore. Arriva 1900, qui vit nos élus effectuer une nouvelle tentative. Nous voulons un bureau, un vrai, avec un receveur des postes, et même un téléphone ! Il serait temps, car en cette aube du XXe siècle, Bron comptait déjà 3200 habitants, et commençait à devenir une petite ville.
Un bureau grand comme une cabine téléphonique
Le conseil municipal prit donc le taureau par les cornes et décida, le 18 février 1900, d’affecter gratuitement au service postal « l’appartement situé au couchant de la mairie, et [jusqu’ici] occupé par la fanfare », le tout se trouvant sur l’actuelle avenue Franklin-Roosevelt, non loin de l’Espace Roger-Pestourie. Sitôt dit et, enfin, sitôt fait. Le succès de ce nouveau bureau fut immédiat. Pourtant, il pêchait par bien des côtés. Pour commencer, il restait fermé une grande partie de la journée. Surtout, il s’avérait beaucoup trop exigu. Les usagers devaient attendre leur tour dans un étroit couloir, où se trouvait aussi la seule cabine téléphonique de la ville. Résultat, tout le monde entendait les conversations des uns et des autres, et aussi les télégrammes dictés, ce qui provoquait « des nombreuses et justifiées réclamations du public et des commerçants ». Maire et conseillers municipaux repartirent donc à la charge dès 1903 : nous voulons un bureau « de plein exercice », réclamèrent-ils ! Et ils l’obtinrent. Le déménagement de la mairie dans un nouveau bâtiment, en 1907, permit d’affecter l’ancienne mairie au service postal. L’architecte municipal, M. Bernard, fut chargé de l’aménager, ce qui permit en 1908 de disposer d’une poste à la mesure de Bron, avec un bureau et une salle d’attente au rez-de-chaussée, plus un étage voué à l’appartement du receveur. Ce bâtiment fut mis gratuitement et pour 18 ans, à disposition de l’Administration des postes.
Et une boîte aux lettres mobile
Dès lors, le service postal devint très performant. Les boites à lettres pour déposer le courrier partant, se multiplièrent à travers le territoire brondillant : aux Essarts en 1906, à Parilly en 1908, tandis qu’une autre, mobile, fut installée sur le tramway en 1909, ce qui permit au courrier d’arriver aux Cordeliers en seulement 45 minutes ! Quant aux tournées du facteur, elles feraient pâlir d’envie un Français du XXIe siècle : il y en avait deux par jour, dimanches compris ! Il n’en fallait pas moins pour desservir toute la population, mais aussi cette grande institution qu’était l’hôpital départemental du Vinatier, avec ses nombreux malades et, bientôt, les soldats du 2e groupe d’aviation, après que l’aérodrome de Bron a vu le jour, en 1910.
Aline Vallais
Sources : Archives municipales de Bron, registres des délibérations du conseil, 1845-1968.