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Les enfants abandonnés

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On les appelait les enfants « exposés ». Abandonnés par leurs parents, ils furent plusieurs à être retrouvés dans les rues de Bron, au 18e siècle.

Poursuivez l'Histoire : Retrouvez ici le texte complet de l'article "Histoire et Patrimoine" dont un extrait est présenté dans le magazine municipal B[r]ONjour n°58 de mai 2026.

Il a fait très froid durant la nuit. En ce 13 avril 1752, le printemps est pourtant déjà là. Mais le 18e siècle connait des températures bien plus basses que les nôtres, au point que les historiens parlent de « petit âge glaciaire » pour le qualifier. Heureusement, les parents du pauvre gosse ont pris soin de l’envelopper de « mauvais linges », et de tapisser son panier de paille, afin de lui tenir chaud. C’est ainsi qu’on l’a retrouvé, au petit matin, près de la porte de la maison d’André Pin, sur la place de l’église Saint Denis et donc en plein cœur du village de Bron. Alors vite, on le fit entrer dans la maison. On le réchauffa du mieux que l’on put. Puis l’on appela les représentants de la justice seigneuriale ainsi que le consul de Bron, l’ancêtre de notre maire, afin qu’ils constatent le fait et en dressent procès-verbal. Pendant ce temps, la nouvelle gagna Bron, et les langues allèrent bon train, qui attribuèrent cet abandon « a des personnes de Villeurbanne ». Qui étaient-elles ? Des parents sans le sou, trop pauvres pour élever leur enfant ? Une femme célibataire, délaissée par son amoureux ? L’on ne le sut jamais, et le curé de Bron, messire Rey, se garda bien de condamner sans preuves : « Le fait ne nous a pas paru suffisamment constaté pour nommer les autheurs dudit enfant », écrivit-il dans son registre. Puis l’on baptisa le jour même l’enfant « exposé ». Il fut nommé Antoine, et reçut pour parrain et marraine Antoine Gayet et Claudine-Marie Dargent. Le soir venu, le consul le confia à une nourrice, la femme de Jacques Rostaing, qui fut payée aux frais de la commune, comme toujours en pareil cas.

Bron sur la route… de l’abandon

Comme le rappelle le conte du petit Poucet, et de ses frères et sœurs abandonnés par leurs parents en pleine forêt, de telles « expositions » d’enfants étaient assez fréquentes sous l’Ancien Régime. En dépouillant les registres paroissiaux tenus par le curé Rey, nous en avons ainsi retrouvé quatre, en l’espace de 25 ans. Ce qui est quand même beaucoup, pour un village d’à peine 400 habitants. La proximité de Lyon, ainsi que la présence de la grande route de Grenoble et de Chambéry, faisaient de notre commune un lieu hélas privilégié pour se défaire d’un enfant. Ils étaient déposés, toujours de nuit, devant la porte d’une maison cossue, ou sur le bord d’un chemin suffisamment fréquenté pour être recueillis sans trop tarder. Ainsi en 1766, c’est sur l’actuelle avenue Camille Rousset que l’on trouva le petit François, sur le bonnet duquel sa mère avait pris soin d’accrocher un papier indiquant son prénom. En 1776, la petite Jeanne, âgée d’environ quatre jours, fut pour sa part découverte devant la porte du château. Quant à Marie, elle fut « exposée cette nuit [du 29 janvier 1786] a la porte de Pierre Grange domicilié en cette parroisse ». Evidemment, l’épreuve est rude pour ces nouveau-nés. La plupart ne survivent que quelques jours après leur découverte. Comme Antoine qui, trouvé dans son panier le 13 avril 1752, mourut à peine quatre jours plus tard, le 17 avril. Ou comme Jeanne, qui décéda seulement huit jours après. Son parrain, Jean Billiard, un domestique du château de Bron, n’en assista pas moins à son enterrement dans le cimetière du village. Preuve qu’il s’était déjà attaché à ce pauvre bébé.

Aline Vallais
Sources : Archives départementales du Rhône, Edépôt 29/2 et 29/8.

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