1153

Isabelle Mallon

Off

« Ils rendent visibles les contributions des personnes âgées »

Isabelle Mallon est Maître de conférences en Sociologie à l’Université Lumière Lyon 2 et chercheur au Laboratoire de sociologie “Centre Max Weber”. Ses travaux portent sur les modes de vie à la vieillesse et les processus de vieillissement dans des contextes variés (maisons de retraite, milieu rural isolé) ou soumis à des épreuves singulières (maladie d’Alzheimer).

À Bron, dans tous les quartiers, des lieux accueillent les seniors. Quel est l’intérêt de fréquenter ces lieux ? Pour en parler, Isabelle Mallon, sociologue à l’Université Lyon 2.
 

Bron Mag : Quel est l’intérêt pour les seniors de fréquenter des lieux intergénérationnels ou des clubs d’activités seniors ?
Isabelle Mallon : L’un des aspects très positifs de ces lieux, c’est qu’ils sont des espaces où peuvent être rendues visibles à la société les contributions des personnes âgées. Les seniors aujourd’hui développent de nouvelles pratiques, souvent bénévoles, et mènent une “retraite solidaire”, comme l’explique bien la sociologue Anne-Marie Guillemard.
Les seniors sont compétents car ils ont de l’expérience et grâce à ces lieux, ils peuvent en faire profiter tout un chacun. Par exemple, qu’il s’agisse d’anciens artisans ou de bricoleurs, ils peuvent partager, avec passion, leur savoir, leur savoir-faire.
Autre exemple avec des “jeunes seniors” qui se sont occupés de leurs parents âgés ou malades ; grâce à ces lieux, ils sont en mesure de prodiguer des conseils à d’autres, pour leur éviter, notamment, de vivre cette situation comme le parcours du combattant.
Le piège dans lequel il ne faut pas tomber, c’est de renvoyer les seniors à une supposée moindre habileté (« les seniors ne savent pas se servir des nouvelles technologies », « ils sont moins autonomes »...), de les renvoyer à ce qu’ils ont été. C’est un piège, car ils continuent d’être, bien évidemment !

 

BM : Qu’apporte l’intergénération ?
IM : Avant toute chose, une précision : quand on parle d’intergénération, on pense souvent au rapprochement des générations éloignées, enfants et personnes âgées. Ainsi des initiatives visent à faire se rencontrer des tout-petits avec des seniors, dans les résidences pour personnes âgées par exemple.

L’idée que les jeunes et les très âgés s’enrichissent mutuellement et trouvent intérêt à vivre ensemble est séduisante.

D’ailleurs, la littérature et le cinéma sont prodigues de ces rencontres inattendues entre jeunes et (très) vieux. Qu’on songe seulement à un film qui sort aujourd’hui, “Mr. Ove”, qui met en scène la rencontre entre un jeune retraité suicidaire et une famille iranienne...
Aujourd’hui, avec l’augmentation de l’espérance de vie, l’intergénération existe désormais à l’intérieur de la catégorie “seniors”, qui concerne des jeunes retraités et des personnes très âgées. Faire se croiser des personnes d’âges différents est intéressant, mais il est également stimulant de rencontrer des personnes de sa même tranche d’âge.
Au sein des clubs ou des lieux réservés aux seniors, selon le phénomène sociologique d’homophilie, des amitiés se nouent entre personnes qui se ressemblent socialement, d’âge proche, de même sexe, de professions et de situations de vie proches...
Prenons l’exemple des groupes de randonneurs. Au-delà de la question de l’âge, c’est la question de la santé physique qui est importante. Ce qui compte, c’est de pouvoir suivre, d’être au même rythme que les autres. Plus généralement, ce qui est important dans les activités proposées ou suivies dans ces lieux intergénérationnels ou réservées aux seniors, c’est la question des transitions. Les activités doivent proposer des niveaux différents, pour que chacun se sente à l’aise avec les autres.