Parmi les trésors que conservent les Archives nationales, à Paris, figure une magnifique représentation de Bron il y 250 à 300 ans.
Poursuivez l'Histoire : Retrouvez ici le texte complet de l'article "Histoire et Patrimoine" dont un extrait est présenté dans le magazine municipal B[r]ONjour n°60 de juin 2026.
C’est une très vieille carte. Elle a été dressée entre 1745 et 1780 sur les ordres de Daniel-Charles Trudaine, qui était alors le responsable des Ponts et Chaussées dans le royaume de France. De belle taille, puisqu’elle mesure 82 cm sur 57, elle a aussi bien belle allure, avec ses tons aquarellés rouges et verts. Et surtout, elle fourmille de détails, puisque son échelle d’un pour 8863e, à savoir un centimètre pour 88 mètres, a permis de représenter la moindre maison et jusqu’aux arbres des allées. Du coup, le Bron du siècle des Lumières se dévoile sous nos yeux, depuis le Vinatier à l’ouest jusqu’à l’aéroport actuel à l’est, et depuis Parilly au sud jusqu’à la rue de la Pagère au nord.
Cernée de bois
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’importance des surfaces boisées. Aux Essarts, à Parilly, au fort, vers le quartier Raby, et surtout autour de l’avenue Franklin-Roosevelt, les bois de Bron cernent complètement le village, et forment l’un des traits majeurs de ses paysages. Pourtant, ils sont en net recul, puisque l’auteur de la carte a pris soin de représenter d’amples surfaces récemment défrichées, sur les crêtes de Parilly notamment. Le reste du paysage est constitué de champs cultivés, sans haies pour les délimiter, qui dessinent une mosaïque de parcelles imbriquées les unes dans les autres. Ici et là apparaissent aussi des vignes, tout autour de la place Curial, ou encore à l’emplacement du fort. Dans ce décor éminemment rural, pointent ici et là quelques toits de maisons. Comme la Grange du Tour, une grosse ferme à l’emplacement du Vinatier, ou comme la grande maison des Essarts, propriété d’une famille noble apparentée aux seigneurs du village. Trois fermes à Parilly, un « Gros Logis » avenue Franklin-Roosevelt – entendez une auberge –, une « Vieille Poste » rue de Prévieux, et sa successeuse la « Poste de Bron », à savoir un relais de diligences, et voilà bouclé le tour des quartiers périphériques de Bron. Le village proprement dit n’apparait que tout en haut de la carte. Peuplé d’à peine quelques centaines d’habitants, il se résume à une trentaine de maisons entourant une placette, un peu à l’ouest de notre place Curial. Ce modeste village possède bien évidemment son église, la même qu’aujourd’hui, Saint-Denis, mais qui apparait séparée du chef-lieu. De même que le château des seigneurs du lieu, représenté par un grand bâtiment et deux tours, le tout situé au bout d’une impressionnante allée boisée allant jusqu’aux Essarts : l’ancêtre de notre avenue Camille-Rousset.
Sur la route de Rome
Enfin, objet central de l’Atlas de Trudaine, le peintre envoyé à Bron a bien évidemment consacré son pinceau aux routes et aux chemins. L’un d’eux serpente du Vinatier à l’aéroport, en passant par le Gros Logis, la vieille et la nouvelle poste : il s’agit de l’ancienne voie romaine qui reliait Lugdunum à Rome, et que matérialise encore la rue de Prévieux. Et puis, barrant toute la carte d’un interminable trait rectiligne se jouant du relief, l’artiste a figuré la route de Lyon à l’Italie. En ce milieu du 18e siècle, elle semble encore à l’état de projet, ou vient tout juste d’être réalisée, car l’habitat n’a pas encore eu le temps de coloniser le voisinage de sa chaussée. Cette grande route royale, l’une de plus importantes du royaume, ne va pas tarder à métamorphoser complètement Bron.
Aline Vallais
Source : Archives nationales, CP/F/14/8479.