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Alfred Peter

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portrait d'Alfred Peter
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"Projets “nature” et “densification” sont inséparables"

Le paysagiste-urbaniste, Alfred Peter, était l’un des invités du débat des Rencontres Scientifiques Nationales de Bron le 2 juin 2016 à la Médiathèque Jean Prévost sur le thème "Ville durable, sociale et citoyenne, quels possibles, vers quelles alternatives ?".

Bron Mag : Pourquoi est-il si important de ne pas oublier le volet “nature” dans l’évolution urbaine ?
Pour trois raisons.
Alfred Peter : La première est structurelle. Toutes les villes cherchent actuellement le modèle de ce que sera la ville du 21e siècle. Dans les débats qui traversent aujourd’hui le monde de l’urbanisme, on parle beaucoup de la redensification de la ville sur elle-même, pour essayer de juguler au maximum l’étalement urbain. Or, le problème de la densification pose la question de l’acceptation de la population, qui ne peut exister que si les projets offrent une respiration aux habitants. Les projets “nature” et “densification” sont inséparables.
La deuxième raison est écologique. Nous sommes conscients désormais que l’aménagement doit intégrer la question du réchauffement, du climat... On traite cette problématique aujourd’hui essentiellement sur le bâtiment, avec les normes BBC, des systèmes d’isolation par des toitures vertes, par exemple. Mais cette question concerne aussi l’espace non bâti, les rues, les places, les parcs... Et c’est une raison supplémentaire pour créer une vraie nature.
La troisième raison est une question de mode de vie, de besoins de la population. Il y a une demande sociale pour avoir près de chez soi des espaces ouverts à toutes sortes d’usage, qui sont des compensations à l’urbanisme actuel, avec notamment des logements de petite taille. Prenons l’exemple de la voie verte à Caluire, lieu de promenade de 4 km de long, elle connaît un véritable succès !

BM : Quelle place accorder à la biodiversité dans les villes ?
AP : La question de la biodiversité en général et du règne animal en particulier est totalement intégrante du projet “nature”, qui ne doit pas se limiter aux seuls espaces verts, souvent présentés de manière quantitatives, telle superficie par rapport au nombre d’habitants...
C’est sans doute la notion la plus difficile au grand public. Moi-même j’ai mis du temps à comprendre l’enjeu réel de la biodiversité.

La vraie nature passe par une reconnexion avec les sites sur lesquels se trouvent les villes.

C’est extraordinaire de voir qu’un peu partout en Europe, et particulièrement en France, la question de l’aménagement des fleuves redevient essentielle.

Lyon est un bon exemple, car au fond, s’il n’y avait pas eu le Rhône, la Saône et la confluence de ces deux cours d’eau, Lyon n’aurait jamais été là !

BM : L’évolution démographique, un danger pour la nature ?
AP : Il faut penser ces deux sujets ensemble pour ne pas tomber dans une impasse. On est nombreux, on le sera encore plus, et la population sera de plus en plus vieillissante...
Il faut arriver à se projeter. C’est le rôle des documents de planification, des Plans locaux de l’urbanisme (PLU), des Schémas de cohérence territoriale (SCOT)..., d’essayer de concilier le fait que l’on sera plus nombreux, et l’idée que ce sera parfaitement acceptable si c’est pensé.

BM : Les RSNB sont avant tout des rencontres entre des habitants et des chercheurs. Quel intérêt pour les uns et pour les autres ?
AP : J’observe une frustration des habitants à ne pas pouvoir participer activement au débat sur la ville de demain, parce que l’urbanisme est une science assez obscure, avec beaucoup de sigles, de règles totalement incompréhensibles pour le grand public.
Avec le développement des systèmes de communication spontanée avec Internet, les réseaux sociaux... , on a un foisonnement d’échanges, de besoins qui s’expriment, en rupture avec le savoir des professionnels. C’est à nous d’être en prise avec cette évolution !
Je pense que notre métier va évoluer spectaculairement dans les années à venir, en se nourrissant de cette envie des habitants de participer à l’évolution des villes. J’ai participé aux équipes qui ont travaillé sur le Grand Paris et j’ai été fasciné : l’urbanisme présenté de façon compréhensible est une science très populaire !
À nous de sortir de notre monde et d’établir le dialogue ! C’est ce que Jérémy Rifkin appelle la planification horizontale, la décision ne vient plus du haut vers le bas, mais elle vient du bas et elle va vers le haut. C’est un changement radical dans la manière de gouverner les cités qui s’annonce.