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Florence Aubenas

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Portrait de Florence Aubenas
DR

"Donner la parole à la France du quotidien"

Florence Aubenas est l’une des journalistes les plus (re)connues. Dans "En France" (1), sorti 4 ans après son best seller "Le quai de Ouistreham", elle dresse le portrait d’un pays englué dans la crise. Une série d’articles parus dans Le Monde entre 2012 et 2014 où elle s’est focalisée sur ceux dont la vie n’a rien de spectaculaire.
Rencontre avec Florence Aubenas présente à la Fête du livre de Bron en mars 2015.

Bron Mag : "Qu’est ce qu’on a en commun ?". C’est le thème fort de l’édition 2015 de la Fête du Livre de Bron, choisi avant les évènements tragiques du début d’année. Un thème qui résonne d’autant plus aujourd’hui. Quelle réponse apportez-vous spontanément à cette question ?
Florence Aubenas : Si dans le "on", c’est l’humain qui est sous-entendu, je pense qu’aujourd’hui les gens ont en commun de vivre des temps difficiles.
Beaucoup se rendent compte que collectivement sur Terre, nous traversons une période pénible, que les situations sont complexes et que peu d’endroits sont épargnés.
Nous avons tous envie de nous en sortir par le haut, d’aspirer à un meilleur, surtout en termes de valeurs humaines. Chacun veut garder la tête haute.

BM : Vous décrivez dans votre essai une France en crise en donnant la parole à des "sans voix". Que nous disent-ils de notre société ?
FA : La question qui se pose aujourd’hui en France, c’est "Qu’est qu’on fait ensemble?"
C’est vrai, la crise met tout à nu. Plus que la France d’en bas, je dirais que c’est la France au quotidien à laquelle je donne la parole.
Les gens n’ont plus de pierre où poser le pied, car aujourd’hui, toutes les pierres bougent.

Le plus grave, c’est que les Français ne croient plus en leur État.

Les piliers (école, hôpital, sécurité sociale, transports en commun...) ne leur semblent plus respectés. Le cadre a explosé.

BM : En France, en 2015, comment écrire encore le "vivre ensemble" ? Quel rôle, selon vous, doivent jouer les médias ?
FA : Les journalistes sont beaucoup trop conformistes. Tous s’intéressent à la même chose au même moment.
On a longtemps parlé de pensée unique, je pense plutôt qu’il s’agit de sujet unique.
Le métier de journaliste ne m’intéresserait pas s’il n’y avait pas une part d’engagement. Sillonner la France comme je le fais, et je ne suis pas la seule, c’est une forme d’engagement. Si on prend les journalistes comme une entité sociologique et corporatiste, c’est une profession qui tourne en vase clos. Or, comme les bons profs, ils doivent capter l’attention de tous les élèves, même ceux du dernier rang.

(1) Édition de l'Olivier