Une photographie de la population, tant du point de vue démographique que social : voici ce que propose cette enquête réalisée voici 170 ans.
Poursuivez l'Histoire : Retrouvez ici le texte complet de l'article "Histoire et Patrimoine" dont un extrait est présenté dans le magazine municipal B[r]ONjour n°63 de novembre 2026.
«Reymond François, instituteur, marié, 44 ans ». Le maître de l’école de Bron eut l’honneur d’être la première personne citée par le recensement de 1856. Nom, prénom, profession, situation de famille, âge, observations éventuelles comme la nationalité : telles sont les informations contenues par ce petit registre comptant 34 pages. Ce n’est pas la première fois que la population est recensée dans notre pays, puisqu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, la France avait déjà procédé à de rares « dénombrements de la population ». Puis le XIXe siècle avait instauré les recensements quinquennaux, effectués tous les 5 ans, ainsi en 1836, 1841, 1846, etc. Mais le recensement de 1856 est le plus ancien conservé pour notre commune. Terminé le 2 juillet de cette année, et dûment signé par le maire en place, Jean Champy (1781-1866), il livre une photographie très détaillée de la population brondillante d’il y a presque deux siècles en arrière.
50% de la population vit au bord de la « grande route »
Avec d’abord un nombre global : en 1856, notre commune atteint alors 981 habitants, soit un niveau bien éloigné des 42 982 personnes que comptait Bron en 2023. Ces 981 habitants se massent principalement dans le moderne « hameau de la Grande Route » (l’actuelle avenue Franklin-Roosevelt), où vivent 361 Brondillants, mais aussi dans le village originel, autour de l’église Saint-Denis, qui accueille 240 personnes. Le reste de la population habite dans des fermes dispersées, à Lessivas, à Parilly et aux Brosses. Caractéristique que l’on trouvait déjà sous l’Ancien Régime, cette population est très jeune, puisque 28 % a moins de 20 ans – contre seulement 23 % en France en 2024. À l’inverse, l’on compte bien peu de personnes âgées, avec seulement 31 hommes ou femmes de plus de 70 ans. La doyenne des Brondillantes et des Brondillants, affichant 91 ans au compteur, se nomme Benoite Payet, et est qualifiée de « rentière ». Quant à la nationalité des habitants, elle est française pour presque tous. Le recensement mentionne seulement 13 étrangers – des Savoyards, en l’occurrence, puisque les départements actuels de la Savoie et de la Haute-Savoie ne seront rattachés à la France qu’en 1860. De temps à autre, dans la rubrique « observations », le document évoque quelques situations particulières. Tels ces « enfants naturels », pointés à une dizaine de reprises, qui nous prouvent que la société d’alors restait bien peu tolérante envers les gosses nés hors mariage.
Principalement des paysans
Enfin, le recensement de 1856 s’attarde sur les professions exercées par nos concitoyens d’hier. Avec 148 « cultivateurs » et 25 « journaliers » (ouvriers agricoles), le travail de la terre domine très largement, puisqu’il occupe à lui seul 73 % des chefs de famille. La société brondillante était donc éminemment paysanne. Mais réduire Bron à cette seule image chère à Émile Zola serait une erreur, car 23 chefs de famille, soit près de 9 % du total, exercent une profession artisanale. Ils sont maréchaux-ferrants, cordonniers, tisserands, tailleurs, tonneliers, boulangers, bouchers, maçons, menuisiers ou encore serruriers, et contribuent à satisfaire les besoins quotidiens des Brondillants d’antan. En revanche, on ne trouve aucun ouvrier d’usine : l’industrialisation de l’Est lyonnais a à peine commencé, et ne s’étendra qu’au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et lors du XXe.
Aline Vallais
Sources : Archives du Rhône, 6 M 167.