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Etape 5 – La Grande Guerre

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Cela faisait longtemps qu'on l'attendait. Depuis tout petits, les enfants des écoles s'entrainaient à manier des fusils de bois, en prévision du jour où sonnerait la revanche sur l'Allemagne, et où la France récupérerait l'Alsace et la Lorraine perdus en 1870. Mais personne n'avait pensé que la guerre éclaterait si vite. Il avait suffi qu'un nationaliste serbe tire sur l'héritier de l'empereur d'Autriche-Hongrie pour que, par le jeu des alliances, la France se trouve entraînée dans la tourmente. La guerre surprend les Brondillants en pleine période des moissons, le 2 août 1914. En à peine un mois, la ville se vide de ses hommes valides ; durant la totalité de la guerre, 531 partent au combat, à une époque où la commune comptait 4000 habitants. La plupart se dirigent vers le nord et l'est de la France, que l'ennemi à largement envahis. Paysans, artisans, ouvriers, employés de commerce, ils se muent en combattants, et pour certains reçoivent une pluie de décorations militaires : le 27 mai 1916, on apprend ainsi que le soldat Gonod a obtenu la Croix de guerre pour être "entré avec les premiers hommes dans une tranchée allemande dont ils se sont emparés après une lutte très violente". En 1917, année des effroyables batailles de la Marne et de la Somme, c'est au tour de Jean Bretin d'obtenir une citation : "soldat brancardier très estimé de ses camarades pour le dévouement sans bornes qu'il apporte à sa tâche. D'une rare modestie et ayant le plus grand mépris du danger, il a, au cours d'un récent bombardement, transporté sur son dos et à plusieurs reprises des blessés graves de sa compagnie".

Même s'ils se passent à 500 kilomètres de Bron, les combats rythment toute la vie des habitants. La ville est pleine de soldats, que ce soit ceux servant au fort de Bron et aux batteries de Lessivas et de Parilly, ou ceux défendant la base aérienne, véritable ruche en perpétuel mouvement. Et puis, il y a aussi tous ces blessés revenus du front, que l'on soigne au Vinatier et dans des hôpitaux improvisés, comme celui installé dans la salle de répétition de la Glaneuse, juste en face de la mairie. Dans le lot, cet "inconnu dit Mercredi, âgé d’environ 32 ans, ne possédant aucun papier civil ou militaire, et incapable de fournir aucun renseignement" - une "gueule cassée" sans doute, et en bien sale état. Sur le nombre d'hospitalisés, qui a pu atteindre plusieurs milliers, 278 décèdent dans notre commune, soit beaucoup plus que de Brondillants morts sur le front... L'horreur du conflit se mesure aussi à ces flots de réfugiés ayant fui les départements envahis et les zones de combats. 191 d'entre eux, des malades mentaux repliés de l'asile de Lille, atterrissent ainsi au Vinatier, où ils rejoignent 250 enfants originaires de Reims, évacués par l'Etat-major pour les protéger des bombardements incessants que subit leur ville natale. Bron accueille encore une trentaine de civils venus de Belgique ou des départements envahis, soit au total près de 500 réfugiés, plus de 12 % de la population brondillante.

La guerre est donc palpable et non une réalité lointaine. Faute d'hommes pour s'occuper des champs ou travailler aux usines, les femmes et les adolescents prennent la relève, tandis que la municipalité vante les mérites de la main d'oeuvre espagnole, que l'on fait venir massivement en France, l'Espagne étant restée neutre dans le conflit. Malgré ces renforts, jour après jour la population subit des privations de plus en plus importantes. Après avoir décidé de réduire l'éclairage public, le préfet du Rhône en vient en mai 1917 à interdire la consommation de viande les lundis et mardis de chaque semaine, ainsi que la vente du pain frais. Le pain sec s'invite sur les tables : "notre pain quotidien. Il est ce que vous savez - noir de couleur, désagréable au goût, le tout résultant d'un mélange d'impuretés, voire même de toiles d'araignées. C'est le pain national", décrit le journal. Quant au charbon, il est devenu une denrée rare, l'ennemi occupant les principales mines du pays. Résultat, à chaque hiver un froid tenace entre à l'intérieur des maisons, et les écoles doivent fermer. Malgré ces privations, la municipalité et les associations tentent de faire oublier l'espace de quelques heures la dureté des temps. Ainsi, c'est à La Glaneuse que revint la difficile tâche de divertir les Brondillants en fin d'année : le 30 décembre 1917, elle donne une "grande soirée de famille, cinématographe, soirée de concert". Mais la population de l'agglomération lyonnaise n'en peut plus de cette guerre et, après avoir longtemps courbé l'échine, elle se révolte en 1917 aux cris de "plus d'obus, [rendez nous] nos poilus !"

11 novembre 1918. Après quatre ans d'enfer arrive enfin l'Armistice, le silence des armes. Bron panse ses plaies. Depuis 1915 déjà, la municipalité a érigé un monument aux morts provisoire, augmenté chaque année de nouvelles plaques de marbre gravées des noms des disparus. Le premier fut Joseph Mallet-Gillet, tombé face à l’ennemi le 5 septembre 1914, soit à peine un mois après le déclenchement de la guerre. Fin 1918, le terrible décompte s'arrête à 73 morts. Presque une famille de Bron sur dix pleure désormais un disparu. Leurs noms se dressent face à vous, sur ce monument voulu par la municipalité en 1919, et qui fut inauguré le 1er novembre 1922. Pour que les Brondillants d'aujourd'hui et de demain se souviennent du sacrifice de leurs concitoyens. Et pour que plus jamais ne survienne l'horreur absurde de la guerre.

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Sortir du cimetière puis traverser la place Curial et de là, emprunter l'avenue Maréchal Delattre-de-Tassigny jusqu'au Chemin Vieux, où l'on tournera à gauche.
  • Suivre le Chemin Vieux jusqu'au panneau d'accueil, puis aller tout droit, jusqu'au pont marquant l'entrée du fort.

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