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Etape 8 – Les massacres de Bron

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Août 1944. Alors que la nouvelle du débarquement des troupes alliées sur les côtes de Provence se diffuse à travers la région lyonnaise, sonnant l'heure bientôt proche du retrait des troupes allemandes, des Brondillants habitant à proximité du terrain d'aviation entendent de nombreux coups de feu. La base aérienne est encore occupée par les nazis, et ces bruits présagent le pire. A partir du 3 septembre 1944, jour de la Libération de Bron, les riverains se hasardent au milieu des ruines de l'aéroport. Ils zigzaguent parmi les cratères de bombes, cherchent autour des bâtiments dévastés et, bientôt, découvrent ce qu'ils redoutaient : à l'intérieur d'un entonnoir, à peine recouverts d'un peu de terre, des corps émergent. Tout autour, des douilles de mitraillettes jonchent le sol. La police est aussitôt prévenue, et se rend sur place le 5 septembre, en compagnie d'une équipe de la Croix-Rouge dirigée par le frère Benoît. Franciscain, le frère Benoît - de son vrai nom Henri Galdin (1896-1968), s'est distingué durant l'occupation par son aide aux Juifs déportés par les nazis, et sa recherche des victimes des bombardements de Lyon. En été 1944, c'est aussi lui que l'on sollicite lorsqu'un charnier est découvert, comme à Saint-Genis-Laval le 21 août, où 120 détenus de la prison de Montluc ont été exécutés. Les fouilles commencent à Bron, et peu à peu, les preuves du massacre reviennent à la surface.

 

Jeudi 17 août 1944. Au petit matin, 50 hommes, tous Juifs, sont extraits de la prison de Montluc à Lyon, où les nazis enferment les résistants, les Juifs, les otages, les suspects et les personnes raflées dans la région. Ils partent "sans bagages", comprenant aussitôt que la mort les attend. Les SS les font monter dans des camions puis se dirigent à Bron. Trois jours auparavant, le lundi 14 août, des bombardiers américains ont déversé un tapis de bombes sur l'aéroport, afin d'empêcher les avions allemands de venir frapper les troupes du débarquement de Provence, prévu le mardi 15 août. Pour l'occupant, la remise en état de la piste de décollage est donc d'une importance vitale, afin d'éviter que l'étau des Alliés se referme sur lui. Arrivés à Bron, les prisonniers sont employés à reboucher les cratères de bombes et à désamorcer les engins non explosés. Puis, en fin de journée, ils sont emmenés un peu à l'écart de la base, et tous fusillés. Un seul en réchappe, Jacques Silber, qui a réussi à fausser compagnie aux gardes. Le lendemain, vendredi 18 août, le sinistre manège recommence, cette fois avec 23 hommes, tous exécutés le soir même. La scène se répète encore le lundi 21 août, avec 36 personnes dont 6 femmes, essentiellement des résistants. Au total, les massacres de Bron font 109 victimes. C'est l'une des pires tueries commise dans la région lyonnaise par les nazis et leurs sbires de la milice.

 

5 septembre 1944. Le frère Benoît raconte. "Aussitôt nous entrons en prospection. On nous conduit derrière le hangar 68. Un immense trou de bombe où parmi des matériaux de toutes sortes, blocs de ciment, briques, terre, câbles, ferrailles, des immondices mêmes, sont apparus des restes humains. Une face humaine se trouve légèrement en contrebas, tournée vers le ciel, bouche ouverte paraissant crier à nous !" Tout près de là, des pieds dépassent d'un autre cratère, puis dans trois autres aussi, devant le hangar 13, le hangar 75, et dans un trou un peu à l'écart. Le fort aussi est visité, la peur au ventre, mais ses souterrains ne révèlent rien. Les volontaires affluent, avec dans leurs rangs Pierre Duboeuf, responsable de la résistance à Bron. Puis commence un long travail, terrible, insoutenable, d'exhumation des corps. "Rude sera la tâche des déblayeurs qui devront déplacer des centaines de mètres cubes d'une terre argileuse et gluante qui colle aux outils, des blocs seront à déplacer, des câbles à couper. Il faut atteindre les corps les plus bas et il faudra creuser jusqu'à 4 mètres de profondeur". L'équipe du frère Benoît relève ensuite le moindre indice qui permettrait d'identifier les victimes de la barbarie, un simple bout de papier, un bijou, un détail vestimentaire même.

Au bout de ces fouilles minutieuses, accomplies avec un dévouement sans borne, 81 noms peuvent être redonnés, sur les 109 victimes. Ils figurent devant vous, sur les pierres du monument dressé en leur mémoire. Joseph Abolafia, Yves Amoureux, Marcel Atlam, Alexandre Bacaleinic, Pierre Bernheim, André Blanc, Charles Bloch, l'amiral Jacques Trolley de Prévaux, et tant d'autres encore... Le plus jeune avait 14 ans.

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Depuis le mémorial des massacres de 1944, marcher en direction de la mairie
  • S'arrêter au carrefour de l'avenue Franklin-Roosevelt et de l'avenue du 8-mai-1945

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