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Etape 5 - Maryse Bastié : une étoile s’éteint à Bron

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Accès :

  • Depuis le hangar H7, continuer à marcher en direction de la tour de contrôle.
  • S'arrêter à l'angle du hangar H5, en face des locaux de Météo France, où l'on trouvera le monument à la mémoire de Maryse Bastié en bordure d'un parking.

Dimanche 6 juillet 1952. L’aéroport de Bron est en fête, le meeting aérien qui s’y déroule obtient un immense succès, des milliers de personnes étant venues applaudir les exploits des grands noms de l’aviation. Le centre d’essai de Brétigny-sur-Orge, en région parisienne, est particulièrement mis à l’honneur, avec la présence de plusieurs commandants et pilotes d’essai chevronnés, dont la célèbre Maryse Bastié. Dans la tribune officielle, monsieur Montel, secrétaire d’Etat à l’Air, affiche un visage souriant. Le meeting se déroule à la perfection, et il sait que le dîner officiel prévu pour le soir sera aussi une réussite.

En fin d’après-midi, le public s’agite. Il attend avec impatience le clou de la journée, la présentation du prototype d’un bimoteur destiné aux transports de parachutistes : le Nord 2501, plus connu sous le nom de Noratlas. Ce nouvel avion passe pour avoir des capacités extraordinaires, une puissance ascensionnelle hors du commun, et la possibilité de pouvoir se passer de l’un de ses moteurs. Le moment tant attendu arrive enfin. Sur la piste, l’équipage chargé des essais de cette petite merveille apparaît : le commandant Penninck, le mécanicien navigant Albert Tisseur, le radio Albert Gries, ainsi que trois techniciens de la Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Nord, la firme produisant le prototype. Surprise ! Une septième personne se présente, répondant aux ovations de la foule par un geste gracieux de la main - Maryse Bastié. Les Brondillants connaissent bien cette grande dame de l’aviation. Tous ont entendu parler de ses records mondiaux, de son combat pour les femmes, de sa vie tourmentée. Après quelques minutes d’attente, l’appareil s'aligne sur la piste et décolle. Très vite, le pilote pousse son appareil jusqu'à ses limites, sous les yeux d’un public médusé. Puis, d’un seul coup, le bruit de l’avion change. Il part en piqué, et quelques secondes plus tard, s’écrase dans un champ, du côté de Saint-Priest. Un silence de mort s’abat sur l’aéroport.

Maryse Bastié. Bien étrange est le destin qui transforma la petite ouvrière en chaussures qu'elle était, en grande dame de l’aviation. Sa passion naquit de son mariage avec Louis Bastié, moniteur aviateur de profession, qui l'amena à passer son brevet de pilote à l'aéroport de Bordeaux, en 1925. Mais les femmes peinent encore à cette époque, à trouver leur place dans un monde éminemment masculin. Maryse va se battre en permanence contre la misogynie qui règne dans le milieu de l’aviation, et qui lui fera s’écrier un jour face à un journaliste : « la femme ne serait-elle que la belle moitié du genre humain, dont la mission est de rendre la vie agréable à l’autre moitié ? ». Devenue pilote professionnelle, elle réussit à s’acheter un avion d’occasion, puis s’attaque à tous les défis. En 1929, elle gagne le record féminin de durée avec un vol de 26 h 48, puis de 37 h 55 un an plus tard. En 1931, elle bat celui de distance en monoplace, sur un vol Paris-Moscou en 30 h 30. Année après année, de nouveaux lauriers s’ajoutent à son palmarès : endurance, avions légers, longue distance, record féminin toutes catégories, etc. La passion de l’aviation, en cette première moitié du 20e siècle, devait se doubler d’un grand courage, car la mort était souvent au rendez-vous, sans distinction de sexe cette fois : Hélène Boucher en 1934, Jean Mermoz deux ans plus tard, Edmée Jarlaud en 1939, et tellement d’autres encore... Du courage, Maryse Bastié n’en manque pas. En 1936, elle  réussit à traverser en solitaire l'Atlantique sud, reliant Dakar à Natal, au Brésil, alors que trois semaines auparavant, Mermoz s'était perdu en mer en tentant le même exploit. 

En 1940, elle veut voler pour défendre le pays, mais cet honneur est refusé aux femmes. Rageuse, elle entre à la Croix-Rouge et sillonne les routes bombardées, pour secourir les réfugiés. Plus tard, elle rejoint la Résistance, et sous le couvert de son poste d’ambulancière, se déplace en zone interdite et glane de précieux renseignements. En 1944, le général de Gaulle autorise enfin les femmes à rejoindre l’armée... à condition du moins, de figurer sur la liste des meilleures. Bien évidemment, Maryse Bastié est engagée, ainsi entre autres que Maryse Hilsz. Mais deux ans plus tard, créditée de 3000 heures de vol et du grade de capitaine de l’armée de l’Air, elle renonce à ses ambitions de pilote militaire. Honneurs et responsabilités ne lui sont  pas pour autant refusés. En 1947, elle reçoit des mains du ministre de l’Air la cravate de Commandeur de la Légion d’honneur. Elle est la troisième femme à recevoir cette haute distinction, et la première à titre militaire. En 1951, on lui confie la direction des relations sociales au centre d’essais en vol de Brétigny. Elle ne pilote plus mais accompagne souvent en vol ceux qui ont pris la relève, et qui sont ses amis. Et c’est ainsi qu’en 1952, cette magnifique vie construite sur la simplicité, la ténacité et le courage, s’éteint à Bron.

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