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Etape 3 - La Bacchanale des affaneurs

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"Bacchanales". Ce mot aux consonances triviales n'est pas souvent prononcé en conseil municipal ! Il évoque les fêtes que donnaient les Romains en l'honneur de Bacchus, le dieu du vin, au cours desquelles la foule surexcitée s'adonnait à toutes sortes d'excès. Et pourtant, en 1791, la municipalité de Bron parla beaucoup de Bacchanales. Elle en remplit trois pages dans le registre des délibérations. Toute la commune n'eut plus que ce mot en bouche. On prit même les armes pour tenter de les empêcher. Bron déclarait la guerre aux Bacchanales...

Il faut dire que le sens du mot avait changé depuis la fin de l'Antiquité. Au 18e siècle, les Français s'en servaient pour désigner tout attroupement bruyant, qu'il soit joyeux ou dangereux. Or, au printemps 1791, une partie des Brondillants prépare un grand "bacchanal". Expliquons nous. A l'époque des moissons, il était d'usage aux environs de Lyon, de faire venir des milliers d'ouvriers agricoles pour aider à récolter les blés - un peu à la manière des vignerons du Beaujolais, qui emploient encore aujourd'hui des migrants saisonnier pour les aider à vendanger. "A l'aide de ces auxiliaires, les plus abondantes récoltes etoient levées avec beaucoup de rapidité et d'économie, et mises en peu de tems à l'abri de tous les dangers auxquels elles sont exposées en plein champ". Tout le monde ne voyait pas pour autant d'un bon oeil arriver ces foules "d'étrangers", ces Savoyards, ces Bugistes, ces Cévennols ou pire, ces Dauphinois des montagnes, qu'on ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam ! Le fait est qu'en se contentant de salaires peu élevés, ils concurrençaient la main d'oeuvre locale qui, du coup, n'avait plus qu'à chômer ou à accepter de travailler pour une paie de misère. Chaque été, la tension montait d'un cran entre Brondillants et migrants. En 1791, une forte inflation, les flottements de l'administration et l'esprit frondeur de la Révolution, encouragent les ouvriers agricoles du village à passer aux actes. Ils se réunissent, s'entendent avec leurs collègues des communes voisines et élaborent une stratégie : tous feront grève, et prendront les armes au besoin. Les Brondillants ouvrent ainsi la première grève ouvrière de toute leur histoire.

Malheureusement pour eux, l'administration centrale du département a vent du complot qui se trame. "Depuis quelques jours, les ouvriers domiciliés avoient formé le coupable projet de forcer les propriétaires à les employer exclusivement aux prix qu'ils fixeroient eux mêmes, et de s'opposer à l'arrivée de ces manoeuvres passagers parce qu'ils travailloient à meilleur marché qu'eux". A Vienne, à Grenoble et aussi à la mairie, on compte bien empêcher cette "Bacchanale" : "ce complot blessoit tout à la fois la justice et la raison". On décide donc, en juin 1791, d'apposer "partout où besoin seroit", des affiches pour interdire la grève. Ordre est donné à la municipalité de tenir en alerte les soldats de la Garde Nationale, et d'arrêter "tous ceux qui voudroient mettre obstacle à l'employ des manoeuvres étrangers, pour protéger le choix libre des propriétaires". On prévoit même le pire ; au cas où les gardes de Bron fraterniseraient avec les émeutiers, on fera appel à des troupes venues d'ailleurs. Et pour plus de précaution, le maire de Bron décide de mettre sous clé les 12 fusils de la commune.

La menace porta ses fruits. Les moissons se déroulèrent sans bruit, et il n'y eut pas de bacchanale à Bron. Mais l'alerte fut chaude, d'autant plus que de graves troubles éclatèrent ailleurs en France. La dureté des grèves poussa même l'Assemblée Nationale à voter la fameuse loi Le Chapelier, interdisant les coalitions ouvrières - en somme, les grèves et les syndicats professionnels. Cette Bacchanale avortée reflète les tensions sociales qui existaient autrefois dans notre ville, entre une minorité de riches propriétaires ou de gros fermiers louant les domaines des élites lyonnaises, et une large majorité de pauvres gens, domestiques ou journaliers (ouvriers agricoles), toujours à la recherche d'un sou pour joindre les deux bouts de l'an.

En 1785, ces "affaneurs", comme on les nommait en région lyonnaise, représentaient 184 chefs de famille, soit 59 % des Brondillants, et vivotaient en travaillant à la journée chez les paysans riches, en plus de cultiver les petites parcelles qu'ils possédaient. Pour eux, 1789 avait sonné comme un espoir d'égalité sociale, que les évènements de 1791 dissipèrent bien vite. Est-ce un hasard ? Dans les semaines qui suivirent l'échec de leur grève, des brigands forcèrent les portes de l'église saint Denis, et volèrent les vases sacrés...

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Depuis la place Curial, prendre l'avenue Camille-Rousset puis tourner dans la deuxième rue à gauche (rue des Aubépins), que l'on suivra jusqu'au carrefour de la rue d'Alsace-Lorraine.
  • Traverser celle-ci et s'arrêter devant la cour du groupe scolaire. L'ancienne école du 19e siècle se dressait à cet emplacement.

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