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Etape 8 - Les nourrissons de Lyon

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1688. Jacques Bouche et sa femme, un couple d'ouvriers en soie habitant la Presqu'Ile de Lyon, se rendent à Bron avec leur petit Antoine, pour le confier aux bons soins de Pierre Culo et surtout de son épouse, Jeanne Piot. Sitôt né ou presque, le nouveau-né est donc du voyage de Bron. Cas isolé ? Pas du tout. Les registres tenus par les curés de l'église du village regorgent de mentions de nourrissons de Lyon. En 1688 encore, ils évoquent la petite Andrée Morlet, "fille de sieur Jean Morlet ouvrier en soye de la ville de Lyon, et de Louise Gaultier sa femme, mise en nourrice chez Denis Bouchard". En 1692, c'est Marie Pia, elle aussi fille d'un canut, qui est "donnée à nourrir de lait" à la ferme de Claude Colon. La même année, le bourgeois Michel Mélandron porte son fils à peine né chez le nommé Laurent Bourbon. Cette pratique est en fait très courante autour de Lyon. A cette époque déjà, le travail féminin est extrêmement répandu. Loin de se cantonner aux tâches ménagères, les épouses des canuts travaillent sur les métiers à tisser aux côtés de leurs conjoints, tandis que les femmes de boulangers vendent le pain aux clients, une pratique généralisée dans les métiers de l'alimentation. Pour ces femmes, il n'est pas question d'allaiter leur bébé : elles ne pourraient plus travailler tout au long de la journée. Entre les deux il faut choisir, et la rentrée d'argent demeure prioritaire par rapport à la présence de leur progéniture au logis familial. En plus, l'air de la campagne est bien meilleur qu'en ville, où la promiscuité et les égouts à ciel ouvert constituent de véritables bouillons de culture. Quant aux conjointes des bourgeois, telle cette madame Mélanchon, elles ne travaillent évidemment pas. Pour elles, une nourrice représente un confort indispensable à leur statut social

 

Ainsi chaque année, ce sont des milliers de bébés lyonnais qui prennent le chemin de Saint-Priest, de Villeurbanne, de Vaulx-en-Velin, de Bron voire d'un lointain village bressan ou savoyard. La plupart d'entre eux ne sont âgés que de quelques jours, et lorsqu'ils reviendront dans leur famille, auront deux ou trois ans, parfois six ou dix, si leurs parents décident de les laisser en pension. Très nombreux sont ceux qui ne refont pas le chemin du retour. Les mises en nourrice sont bien pratiques, mais signifient souvent l'arrêt de mort de l'enfant. Malheureusement, rares sont les nounous qui s'attachent à leur "gagne-pain" ; la plupart sèvrent les enfants avant un an, en prennent trois ou quatre à la fois, les laissent sans surveillance, les délaissent au profit de leur propre marmot, quand elles ne les oublient pas toute une nuit dans un pré, en plein hiver ! Quant aux parents, ils ne viennent jamais les voir, même s'ils n'habitent qu'à deux heures de marche. Plusieurs fois par an, comme en 1688, le curé de Bron porte en terre l'un de ces pauvres petits : "le dix-septième aoust a été ensevely au cimetière de céans Claude Giron, qui estait en nourrisse chez Claude Colon". Cette pratique ne disparaîtra qu'au 19e siècle, lorsque les lyonnais se mettront à aimer un peu plus leurs gones.

Deux siècles après ce temps des nourrices, le lien entre Bron et les enfants n'en demeure pas moins très fort. Chaque parent connait les assistantes maternelles, indispensables compagnes d'un travail salarié des femmes. Notre ville accueille aussi depuis 1963 l'Institut Départemental de l'Enfance et de la Famille (IDEF). Logée à Parilly, au sein des arbres du parc, cette Cité de l'Enfance accueille des enfants isolés ou avec leur mère, confrontés à une situation familiale grave ou dégradée. Elle se compose de plusieurs pavillons destinés à loger de jeunes futures mères, des mamans avec leur bébé, les enfants de 0 à 3 ans, ceux de 3 à 12 ans et ceux de 12 à 18 ans, que l'institution se charge aussi d'éduquer. Chaque année, 700 enfants franchissent ses portes, pour trouver autant d'aide que possible, d'amour aussi.

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Depuis la Cité de l'Enfance, revenir sur la rue Lionel-Terray et prendre le bus C17 en direction des Charpennes.
  • Descendre à l'arrêt Luther-King puis prendre à gauche la rue de la Paix.
  • Passer sous le boulevard Laurent-Bonnevay et poursuivre tout droit.
  • Passer le carrefour avec la rue des Essarts et s'arrêter peu après, face à l'usine du 5 rue des Essarts.

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