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Etape 4 - Premières écoles

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Pour les garçons, les efforts de scolarisation furent particulièrement précoces à Bron. Dès le 18e siècle, des "régents d'école" originaires des montagnes du Dauphiné vinrent leur apprendre les rudiments de la lecture et de l'écriture durant la morte saison, lorsque leurs parents ne les employaient pas au travail des champs. Puis, lorsque la loi Guizot obligea en 1833 les communes à s'équiper en écoles primaires, on aménagea pour eux une salle de la cure, tout à côté de l'église. Une quarantaine d'années plus tard, en 1872, le Conseil municipal se saigna aux quatre veines pour construire sur l'avenue Franklin-Roosevelt, une mairie-école digne de la petite ville que Bron était en train de devenir. Une école une fois de plus destinée aux garçons. Et les filles, dans tout cela ? Elles n'eurent pas droit aux mêmes attentions. Fallait-il vraiment qu'elles sachent lire ? Leurs futures taches de mères de famille ne le nécessitaient pas forcément... La municipalité n'investissant pas pour l'avenir des petites Brondillantes, le créneau avait été pris par des religieuses de Saint-Charles. Depuis quelque temps, elles avaient ouvert dans un bâtiment de la place Curial, une classe destinée à une soixantaine de fillettes de 5 à 12 ans. Cet établissement avait le grand mérite d'exister, cependant il n'était ni obligatoire ni gratuit. Seules quelques enfants pauvres, subventionnées par la municipalité, avaient accès au savoir, le reste des élèves étant issu de familles aisées. En 1875 cette situation perdurait encore, alors qu'une loi du 11 mars 1867 obligeait toutes les communes de plus de 500 habitants "d'avoir au moins une école publique de filles". Le préfet et le recteur de l'académie ne furent pas long à remarquer que Bron n'appliquait pas la loi, et les rappels à l'ordre tombèrent dru.

 

Le Conseil municipal s'exécuta enfin, après quatorze ans d'atermoiements : le 18 mai 1881, il décida de rechercher "un local pour la nouvelle école" de filles. Un mois plus tard, il avait "fait le choix d'un emplacement dégagé de toute construction, dans une des plus belles positions du pays, des plus salubres et des plus agréables" : le long de l'avenue Franklin-Roosevelt... entre un atelier de maréchal-ferrant et un café à la réputation sulfureuse ! Le tollé fut immédiat, aussi bien au sein du Conseil municipal qu'en préfecture. Le préfet lui-même ordonna en juillet 1881 de construire la nouvelle école à mi-chemin de l'ancien village de la place Curial et du nouveau centre de Bron qu'était devenue l'avenue Franklin-Roosevelt : sur la rue du Raffour, rebaptisée depuis rue d'Alsace-Lorraine. Le maire à son tour tempêta, chercha à imposer le voisinage du café, mit sa démission dans la balance... et jeta l'éponge, après avoir perdu le soutien du Conseil municipal. L'école de filles était devenu un sujet hautement politique.

 

Le calme revenu, le chantier de la nouvelle école put enfin commencer. On acheta le terrain choisi par le préfet, puis un architecte de Lyon, Philibert Bellemain, dressa les plans d'un bâtiment de 20 mètres de long contenant deux classes en rez-de-chaussée, le logement de l'institutrice à l'étage, et un hangar en guise de préau. Construite en béton, en pisé et en calcaire de La Grive, près de Bourgoin, cette belle petite école coûta 57.000 francs, une somme qui fut payée en partie par la commune et pour l'essentiel par une subvention du département du Rhône. Le gros oeuvre fut terminé en 1883 et les classes ouvertes aux enfants pour la rentrée de 1884. Une trentaine d'années plus tard, en novembre 1911, l'école Alsace-Lorraine eut droit à une inspection de la Délégation cantonale de l'Instruction. Ses membres en sortirent ravis. Alors que dans l'école de garçons ils notèrent "une fréquentation scolaire peu satisfaisante [et que] la discipline en classe laisse à désirer", "pour l'école de filles, les élèves sont bien exactes à venir en classe, bons rapports sur la propreté de l'école, bons renseignements sur le personnel". Une carte-postale éditée à l'époque nous montre cette école modèle, avec son bâtiment principal aux allures de maison bourgeoise, son extension éclairée par trois grandes fenêtres, et sa cour encadrée de murs d'où dépassent des arbres encore jeunes. Les enfants posent sur le chemin avec leur institutrice, toutes habillées d'une grande blouse et coiffées d'un chapeau rond pour se protéger des ardeurs du soleil. A côté d'elles, un champ de blé attend d'être moissonné.

Hélas, cette belle école de village n'est pas parvenue jusqu'à nos jours. Réquisitionnée par l'armée allemande durant la Deuxième guerre mondiale, elle fut incendiée quelques jours avant la Libération, en été 1944, puis détruite pour céder la place au groupe scolaire actuel.

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Depuis l'école Alsace-Lorraine, aller en direction de l’Hôtel de Ville puis prendre la première rue à gauche (rue Michel-Lacroix).
  • S'arrêter au niveau du n°13 de la rue, à côté de l'entreprise d'électricité. L'enseigne de maréchal-ferrant se situe juste sous le toit de la façade de la maison.

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