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Etape 2 - La route royale

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A l’époque de François Ier ou encore du Roi Soleil, aux 16e-17e siècles, la route de Lyon à l’Italie était exécrable. Malgré son rôle primordial dans la circulation des marchandises et des personnes, elle se caractérisait par son étroitesse et sa chaussée toute cabossée, que la moindre pluie transformait en bourbier. Du coup, chevaux et charrettes devaient avancer très lentement, sinon gare à la casse ! Pour franchir les 100 kilomètres séparant Grenoble de Bron, il fallait compter deux jours et demi… par beau temps. Cette situation déplorable entraînant de nombreux problèmes, le roi Louis XV décida au 18e siècle de doter le pays d’un réseau routier plus performant. Et c’est ainsi qu’en 1745 l’intendant du Dauphiné (l’équivalent de notre préfet de région) fut chargé de reconstruire d’un bout à l’autre la route reliant Grenoble à Lyon. Il fit commencer les travaux à partir de la capitale dauphinoise et, mois après mois, lieue après lieue, se rapprocha de la vallée du Rhône. Au bout de trois ans d’efforts, "la grande route de Grenoble à Lyon, put-il alors constater, a été travaillée avec soin jusques à La Verpilière. Il reste encore 12500 toises (25 km) de longueur jusques à Lyon où il faut former des chaussées solides, et dans un état de perfection qui fournira aux voyageurs tous les avantages qu’ils peuvent désirer".

 

Pour achever les travaux, l’intendant convoqua donc les plus grands entrepreneurs du Dauphiné, et après bien des palabres, « aujourd’huy 21 juin 1748 à trois heures de relevée », adjugea le marché au nommé Basile Frachise, de Tain-l’Hermitage. Son devis a été conservé et permet de connaître avec précision la nature et le déroulement des travaux, considérables, qui furent réalisés à Bron. Dans notre ville, plutôt que de réparer l’ancienne chaussée, Basile Frachise opta pour un tracé entièrement nouveau. Mais deux obstacles se dressaient sur sa route : une forêt et une colline. La question des arbres fut réglée à grands coups de haches : « le bois de Bron, dit le devis, sera pour cet effet defriché non seulement sur la largeur de 60 pieds (20 mètres) nécessaire pour former le chemin, mais encore sur celle de 60 pieds de part et d’autre (de chaque côté de la route) pour empecher tous refuges aux malfaiteurs ». Ce travail là au moins, ne coûta pas grand-chose puisqu’il fut laissé aux bons soins des propriétaires du bois ! Le franchissement de la colline fut par contre plus ardu. De nos jours, nous avons du mal à croire que la traversée de Bron ait pu être difficile. Et pourtant si. Pour parvenir au sommet de la colline du fort, chevaux et hommes devaient franchir une côte très raide que l’on appelait « la rampe de Bron ». Elle était si dangereuse que les accidents y étaient fréquents. On décida donc de supprimer cette rampe et de la remplacer par une pente douce, au prix d'importants terrassements. Alors seulement, on put dresser la route elle-même.

 

Frachise commença par faire creuser des fossés, afin d’évacuer les eaux pluviales et d’éviter que le moindre orage ne bloque les équipages devant une mer de boue. De chaque côté de la route, il disposa ensuite des blocs de pierre un peu semblables à ceux qui bordent les trottoirs de nos rues, en faisant venir pour cela des roches des carrières de Saint-Alban et de Saint-Quentin-Fallavier, près de Bourgoin-Jallieu. Pendant ce temps, la terre tirée des fossés était amassée entre les bordures, de manière à donner de solides fondations à la future circulation. Alors intervenait tout un bataillon de paveurs. Ils avaient pour mission de former « un empierrement de deux rangs de cailloutis rangés à la main (c’est-à-dire deux couches de pavés grossiers), lequel empierrement sera ensuite chargé de gravier (pour la couche de roulement), jusqu’à ce que la chaussée soit bombée dans son milieu ». Le tout devait avoir une cinquantaine de centimètres d’épaisseur et mesurer 8 mètres de large, afin que deux diligences puissent se croiser sans encombre.

 

Tout ce travail fut effectué à la main, non par des ouvriers spécialisés, comme ceux que l’on voit à notre époque sur les chantiers autoroutiers, mais par des Brondillants comme vous et moi ! Pour refaire toutes les chaussées de France à moindre frais et le plus vite possible, le roi Louis XV inventa en effet un système de corvée royale. Tous les villageois habitant à moins de 15 kilomètres d’une route furent contraints de travailler gratuitement à sa construction pendant une durée variant de 6 à 30 jours par an ! Par exemple, Meyzieu devait fournir 33 hommes, Saint-Priest 20, Pusignan 16, et nos voisins de Vaulx-en-Velin 49 hommes et 54 charrettes. Chaque village se voyait ainsi attribuer une portion précise de route à édifier puis à entretenir. Ces portions étaient délimitées par de grosses bornes de pierre coiffées d’un drôle de chapeau. Il en existait plusieurs sur le territoire de notre commune, notamment une sur laquelle on pouvait lire d’un côté le nom de Bron et la longueur de route à sa charge – 1100 toises, soit un peu plus de 2 kilomètres, et de l’autre côté le nom de Meyzieu. Ces bornes ont malheureusement disparu dans notre ville mais deux sont encore visibles à Saint-Laurent-de-Mure. On peut imaginer que les Brondillants d’antan n’allèrent pas toujours de bon cœur à la corvée. Bon an mal an, ils vinrent quand même à bout de la tâche qui leur avait été confiée. Commencée le 15 août 1748, ce qui devint plus tard l’avenue Franklin-Roosevelt fut achevée le 12 février 1753, après cinq ans de dur labeur.

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Tram T2 et T5, arrêt Boutasse – Camille Rousset
  • Depuis la station de tram Essarts-Iris, poursuivre la marche en direction du centre-ville de Bron.
  • S'arrêter juste après le pont franchissant l'avenue Franklin-Roosevelt, à la station de tram Boutasse - Camille Rousset.

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