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Etape 6 - Grands voyageurs

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L’information s’était répandue depuis une quinzaine de jours déjà. Au début du mois de novembre 1804, le maire de Bron avait reçu une lettre du préfet de l’Isère l’avertissant du prochain passage du souverain pontife. L’évènement avait aussitôt fait grand bruit. Monsieur le curé s’était rué dans le clocher pour sonner le tocsin à toute volée, tandis que le tambour municipal battait sa caisse et que les paysans quittaient leurs fermes pour aller aux nouvelles. Pensez donc : jamais un pape n’était venu dans la paroisse. Pour les Brondillants d’alors, Sa Sainteté apparaissait aussi mythique que le Bon Dieu lui-même ! Le voir en chair et en os, recevoir sa bénédiction et peut-être même lui parler apparaissait comme quelque chose d’impensable.

 

Il n’y avait plus une minute à perdre. Paris avait donné des ordres très stricts pour que tout soit parfait. Pour commencer, on dut enlever des bords de la route tous les tas de fumier qui y croupissaient et empuantissaient l’air. Débarrasser la chaussée des charrettes en stationnement perpétuel, attacher chiens et chevaux, interdire aux troupeaux de jouer les trouble-fêtes en s’égaillant sur le pavé et, d’une manière générale, ôter tout ce qui ralentissait habituellement les voyageurs. En ces temps où les pneus n’existaient pas encore, les roues ferrées des carrosses répercutaient tous les cahots dans les reins des passagers ; le moindre caillou se transformait en coup, et le voyage en calvaire. Il était hors de question de faire subir ce sort au pape. Toute la population fut donc mobilisée pour balayer la chaussée, ramasser les pierres saillantes, combler les nids de poule et assécher les flaques. Les aubergistes furent également sollicités : au cas où le cortège officiel passerait en retard par rapport à l’horaire prévu, ils devaient se tenir prêts à servir un repas pour une quarantaine de personnes. On sonna aussi le branle-bas de combat au relais de la poste de Bron. Pour faire face aux besoins du trafic, le relais de Bron disposait en permanence d’une vingtaine de chevaux. Certes, mais l’équipage papal dépassait largement ces capacités : d’après monsieur le préfet, ses carrosses seraient tirés par… 179 chevaux ! Ajoutez leurs les chevaux supplémentaires nécessaires pour franchir la montée de Rébuffert, et vous atteindrez les 200 bêtes au bas mot. Bron tout entier n’en possédait pas autant. On rameuta donc les fermiers des communes voisines, avec ordre d’amener leurs montures sans plus tarder et promesse qu’ils seraient indemnisés.

 

Arriva le grand jour, 19 novembre 1804. Le pape venait directement de Rome. Il était passé par Sienne, Florence, Parme, Turin, Saint-Jean-de-Maurienne, Chambéry et enfin Pont-de-Beauvoisin, où il avait couché la veille. Dès le matin, tout le conseil municipal, les adjoints, la Garde nationale en grand uniforme et le plus clair de la population, maire en tête, se porta aux limites de la commune, côté porte des Alpes, et attendit. Sur la fin de l’après-midi, enfin, un déchaînement de bruits. « Des boêtes (des pétards) qui imitent le bruit du canon ont anoncés son arrivée ». Un nuage de poussière, des soldats à cheval, une vingtaine de carrosses, une armée de domestiques, le cardinal Cambacérès et trois autres cardinaux, et enfin le souverain pontife. Le cortège s’arrête au relais, brièvement, moins d’une heure probablement. Le pape reste dans son carrosse, comme le raconte un témoin de la scène : "A Bron, les habitants se sont rassemblés, et entre autres un prêtre avec son surplis et une femme habillée en religieuse, qui tenait sur un bras un enfant. Je descendis un instant de la voiture, et on saisit le moment où j'y remontais pour y jeter un bouquet de roses que je présentai au saint-père, qui le reçut avec plaisir". Des pétards à nouveau, saluèrent son départ. Après Lyon, Roanne, Moulins, Nemours, Pie VII atteignit enfin Paris, au bout de trois semaines d’un voyage interminable. Napoléon l’y attendait. C’est lui qui l’avait fait quitter le Vatican. Celui qui n’était encore que le Premier consul voulait être sacré empereur, au cours d’une cérémonie présidée par le pape. Il en fut ainsi, à Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804.

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Tram T2 ou T5, arrêt Les Alizés.
  • Marcher sur le trottoir nord de l'avenue du Général-de-Gaulle, en direction de l'aéroport de Bron.
  • S'arrêter au niveau du monument aux morts de 1944.

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Illustrations

  1. Vignette
    Pie VII en 1805, par Jacques-Louis David. Coll. Château de Fontainebleau
    RMN
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  2. Vignette
    Le sacre de napoléon Ier, par Jacques-Louis David. Coll. Musée du Louvre
    RMN
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