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Etape 9 - De la nationale 6 à l'A43

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En 1824, la route de Paris à Turin reçoit un nouveau nom de baptême : elle sera désormais la "route royale n°6". Au fil des changements de régimes politiques, elle passe au cours du 19e siècle de route royale à route impériale puis à route nationale, seul le numéro restant inchangé jusqu'au début du 21e siècle. Sa circulation aussi change. Aux charrettes, aux diligences et aux carrosses d'Ancien Régime, succèdent bientôt des engins sans chevaux, des "auto-mobiles". La toute première, une "locomobile" à vapeur, emprunte la RN6 en 1886. Elle suscite d'abord une grande curiosité. Les paysans quittent leurs champs pour la voir. Les enfants courent à ses côtés, les yeux émerveillés. Songez donc : 5 mètres de long ; des roues arrières aussi grandes qu’un homme ; une cheminée haute de 4 mètres ; un poids de 8 à 20 tonnes, plus un wagon chargé à ras-bord ; et le plus incroyable, la vitesse : 16 km/h ! Ce train routier et sa locomobile rallie Grenoble en six heures. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, la diligence mettait presque deux jours pour faire le même trajet, en épuisant ses chevaux… Les romans de Jules Verne deviennent réalité.

 

Le propriétaire de la locomobile, M. Martinet, connaît un vif succès car son engin complète le réseau des voies ferrées et peut s’arrêter partout, sans nécessiter de gares et bien sûr de rails. Du coup, les locomobiles deviennent de plus en plus nombreuses. Mais à force de circulation, le ravissement des débuts fait place à des plaintes incessantes, si bien qu’en févier 1888 le conseil municipal doit se saisir de l’affaire. Les locomobiles font alors l'objet d'une attaque en règle. Crachant des nuages de fumée noire, elles rendent l’air irrespirable, et polluent les rues, disent les élus. Obligées de rouler au centre de la chaussée pour ne pas s’embourber sur les bas-côtés, elles gênent toute la circulation. Pire, emportées par leur vitesse et incapables de s’arrêter ou même de braquer rapidement, elles provoquent des accidents à n’en plus finir. Ajoutez le fait que "le poids démesuré de ces locomobiles amène un ébranlement du sol tel que dans toutes les agglomérations traversées, on constate des dégradations les plus importantes aux immeubles riverains", et vous comprendrez alors la décision radicale prise par le conseil municipal : l’interdiction pure et simple de ces dangers publics.

 

Inutile de dire quel fut le résultat de l’arrêté municipal : vous connaissez la suite. Dans les toutes dernières années du 19e siècle, les automobiles apparaissaient à leur tour. Elles aussi font d'abord l'objet d'une curiosité amusée, tant elles paraissent fragiles et hésitantes. Mais elles deviennent plus fiables, plus nombreuses, et surtout plus rapides. Très vite, les Brondillants les ressentent comme une gêne, puisque dès 1901, le maire est contraint de prendre un arrêté limitant leur vitesse. En pure perte, les pilotes continuant de rouler à tombeau ouvert, au mépris des enfants jouant sur la chaussée et des autres usagers. Surtout, à une époque où la nationale n'est composée que d'une couche de graviers et de sable compactée, la circulation des voitures rend l'air irrespirable en été : "le passage ininterrompu des automobiles dans la traversée du bourg-mairie, produit des nuages de poussière qui rendent non seulement très incommodante aux voyageurs la circulation dans ledit bourg, mais qui deviennent insupportables mêmes dans les habitations situées sur la grande rue". Cette plainte contre l'intensité du trafic ne date pas du 21e siècle mais... du 24 juillet 1904 ! Le conseil municipal prend le problème à bras le corps : ce même jour de juillet 1904, pour "rendre agréable aux étrangers le séjour dans la localité", il décide de faire goudronner la route nationale 6 dans sa traversée de Bron. Une décision très en avance sur son temps.

 

Peu à peu, le paysage urbain que nous connaissons se met en place. Au cours des années 1960, la démocratisation de l'automobile crée les premiers bouchons. Tandis que la nationale 7 devient la route mythique du soleil et des vacances, la 6 incarne la neige et les sports d'hiver. Grâce à elle, les stations de l'Isère et de la Savoie se trouvent à quelques tours de roues de Lyon. Les dimanches d'hiver et les jours de grands départs, la nationale se couvre de longues files de voitures à travers Bron, auxquelles viennent s'ajouter les autos empruntant les avenues Berthelot puis Jean-Mermoz, qui rejoignent la 6 à hauteur de l'aéroport, juste devant vous. Le trafic finit par asphyxier la commune. Il est temps que la nationale se double d'une autoroute. Ce sera l'A43, construite par la Société des Autoroutes Rhône-Alpes (Aréa) à l'emplacement de l'avenue Jean-Mermoz, et inaugurée le 7 novembre 1973. Le premier tronçon ne va que jusqu'à Bourgoin mais en 1974 il s'étire jusqu'à Chambéry, et enfin atteint son but, le tunnel du Fréjus entre la France et l'Italie, en l'an 2000. L'effet ne se fait pas immédiatement sentir sur Bron, les automobilistes rechignant à prendre une autoroute payante alors qu'ils peuvent rouler gratuitement sur la route nationale. Mais l'A43 finit par rentrer dans les moeurs, tandis qu'en 2006 la route nationale 6 est déclassée et devient le "chemin départemental 506" - notre actuelle avenue Franklin-Roosevelt. Un mot sur ce nom : il lui fut donné pour honorer le président des États-Unis durant la Seconde guerre mondiale, et pour commémorer le fait que c'est par cette route que l'armée américaine libéra Bron, les 2 et 3 septembre 1944.

 

Pour aller à la dernière étape :

  • Revenir en direction de Bron.
  • S'arrêter 100 mètres après le parking du magasin Feu Vert, à un endroit d'où l'on bénéficie d'une vue dégagée sur les grands hangars de l'aéroport.

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Illustrations

  1. Vignette
    Au bout de la grande ligne droite : la porte Est de Bron
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  2. Vignette
    Carte de la RN6 dans les années 1880
    (jpeg - 188.31 Ko)

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