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Etape 5 - La poste de Bron

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Tout au long du Moyen Age et de l'Ancien Régime, les chevaux galopèrent à travers Bron, portant leurs cavaliers vers Chambéry ou l'Italie. Un parcours au long cours, qui s'étirait plusieurs jours car l'on devait laisser les bêtes se reposer après quelques kilomètres, pour ne pas les tuer à la tache. "Qui veut aller loin ménage sa monture", dit un très vieux proverbe. Pour pallier cet inconvénient, le roi Louis XI créa en 1464 le service des "postes". Le principe était simple : pour accélérer la vitesse du courrier transporté à dos de chevaux, il suffisait d'implanter tous les 10 à 30 kilomètres des relais où l'on pourrait changer les bêtes fatiguées contre des montures fraîches. Le système s'avéra si efficace qu'on ouvrit les "postes royales" aux voyageurs, et à partir du 16e siècle le réseau des relais ne cessa de se développer, tissant sa toile d'araignée sur l'ensemble de la France. Du fait de son importance la route de Lyon à Turin, celle passant par Bron, fut l'une des premières équipées puisqu'elle reçut ses relais sous le règne de François Ier, en 1537-1538. C'est à cette date que l'administration royale décida d'implanter dans notre ville, la "poste de Bron".

 

Cette poste brondillante se situa dans un premier temps à l'Est de la mairie, précisément au carrefour de l'avenue Franklin-Roosevelt et de la rue de Prévieux, à l'endroit où vous vous trouvez actuellement. Elle assurait le relais entre la poste de Lyon à l'Ouest et celle de Saint-Laurent-de-Mure à l'Est. Ses bâtiments, aujourd'hui disparus, devaient se composer d'une grande auberge on l'on pouvait boire du vin, prendre un repas et au besoin dormir une nuit ; d'écuries abritant une vingtaine de chevaux ; et du logement du maître de poste, un personnage important qui régnait sur les lieux - à preuve, en 1830 le maître de la poste de Bron, Pierre Cusin, est aussi maire de Saint-Priest. Au cours du 18e siècle, peut-être lors de la construction de la grande route royale en 1748-1753, la poste de Bron fut déplacée pour être implantée quelques kilomètres plus à l'est, près de l'aéroport et en limite de Saint-Priest et de Bron. Les bâtiments de cette deuxième poste ont été détruits au 20e siècle mais le nom de l'endroit, "La poste aux chevaux", perpétue leur souvenir.

 

Le lieu n'était pas toujours de tout repos. Aux flots de charretiers convoyant des marchandises, de passagers des diligences, de mendiants, de migrants, de pèlerins, de soldats en route vers les champs de bataille et, déjà, des premiers touristes - notamment des lords anglais, se mêlaient parfois des individus plus que louches...

            Nous sommes le lundi 18 novembre 1793 - ou plus exactement le 28 brumaire an II, pour reprendre le calendrier de l’époque, puisque l’action se tient au début de la Révolution. La nuit est tombée depuis une heure lorsque 7 à 8 clients, tous des hommes, entrent à quelques minutes d’intervalle dans la grande salle du relais et demandent à boire. Habitué à voir du monde défiler chez lui, le maître de poste, le père Cuzin, ne leur accorde qu’une attention réduite ; il remarque seulement que certains des nouveaux arrivants semblent se connaître. Soudain, alors qu’il revient vers les tables les bras chargés de pichets de vin, il voit stupéfait ses clients se jeter sur lui et sur son fils. Avant d’avoir pu pousser un cri, les voilà proprement ligotés. Ceci fait, la bande s’empare du reste de la famille et des domestiques. Enfin, celui qui semble être le chef s’explique. Il se présente comme un garde révolutionnaire et déclare "nous voulons fouiller partout, nous avons des ordres de la part des commissaires, vous avez caché des gens suspects nous voulons savoir si vous n’avez point de correspondance avec les émigrés et le comte d’Artois (le frère de Louis XVI, chef des nobles émigrés à l’étranger)". Le ton n’est pas à la plaisanterie, d’autant plus que les bonshommes exhibent des pistolets, et menacent tous ceux qui bougent. Le père Cuzin assiste à la scène, désemparé. Il n’a pourtant jamais eu le moindre sentiment contre la Révolution ! C’est en voyant sa bourse pleine de louis d’or disparaître dans le sac d’un des bonshommes qu’il comprend tout. En fait de Sans-Culottes, ses visiteurs ne sont que de simples voleurs... Après avoir visité la maison de fond en comble, la bande enferme la famille Cuzin dans une chambre puis s’enfuit précipitamment.

 

            Une fois n’est pas coutume, les voleurs ne profitèrent pas longtemps de leurs biens mal acquis. Sitôt débarrassé de ses liens, Cuzin s’en alla prévenir la Garde-Nationale de Bron, une sorte de milice locale chargée d’épauler la gendarmerie et l’armée. C’est à Villeurbanne, à peine 4 heures après les faits, que la bande fut retrouvée. Vers 23 heures, alors que les Gardes faisaient une ronde dans le hameau des Charpennes, ils entendirent de grands éclats de voix provenant de la maison d’un aubergiste. Intrigués, ils entrèrent et fouillèrent les lieux. Les voleurs furent débusqués dans toute l'auberge : les uns au grenier, d’autres cachés dans des armoires et un jusque dans le tas de charbon, à la cave. En même temps qu’eux, on retrouva derrière des tonneaux ou abandonnés sur le sol une grosse somme d’argent, des bijoux et des papiers qui indiquaient clairement leur provenance : le relais de poste de Bron. Devant tant d’évidence, les suspects passèrent aux aveux. Ouvriers tisserands de Lyon pour la plupart, ils avaient cru pouvoir gagner plus facilement leur vie avec leurs pistolets et n’en étaient pas à leur coup d’essai. Seul leur chef, un vigneron de Miribel nommé Nicolas Dumont, refusa de reconnaître les faits. Il jura ne s’être trouvé à Bron que par hasard, en cherchant à acheter un cheval. Emprisonnée à Vienne puis à Grenoble, la bande fut condamnée à de très lourdes peines en février 1794. Au cours du procès, les juges devaient apprendre le pseudonyme donné dans le milieu au chef de la bande : "Vent de Bise" !

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Tram T2 ou T5, arrêt Les Alizés.
  • Marcher sur le trottoir nord de l'avenue Franklin-Roosevelt, en direction de l'aéroport de Bron.
  • S'arrêter au carrefour de l'avenue du 8 mai 1945. A cet endroit, l'avenue Franklin-Roosevelt devient l'avenue du Général-de-Gaulle.

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Illustrations

  1. Vignette
    - Au carrefour de la rue de Prévieux
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  2. Vignette
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  3. Vignette
    - Par Horace Vernet (1789 – 1863)
  4. Vignette
    Collection Musée des communications à Riquewihr
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