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Etape 12 - Le rêve du préfet : le parc de Parilly

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Monsieur le préfet en rêve jour et nuit. Dès sa nomination à la tête du département du Rhône, en 1934, Emile Bollaert (1890-1978) fait part de son projet. Devant les Conseillers généraux réunis, il constate que « depuis l’aménagement du Parc de la Tête-d’Or [en 1856], la ville de Lyon et surtout sa banlieue se sont considérablement développées. Tant du point de vue de la santé publique que de celui de l’urbanisme, il paraît indispensable d’accroître les espaces libres : terrains de jeux, parcs ou bois, mis à la disposition de la population ». Lyon ayant déjà la Tête-d’Or, si un nouveau parc doit être créé, il faut « le situer dans la banlieue Est de Lyon, qui est le côté où le développement de la ville a le plus de tendance à s’opérer ». Son projet vise un endroit précis, à cheval sur Bron et Vénissieux : Parilly, où en ce début du 20e siècle s’étendent encore de vastes étendues de champs peu fertiles. Le rassemblement des parcelles commence tambour battant ; 210 hectares, soit deux fois la superficie du parc de la Tête-d’Or, deviennent propriété départementale à coups d’acquisitions amiables ou d’expropriations, parfois un peu musclées puisque 53 maisons durent être démolies.

 

Cette première étape achevée, la réalisation du projet entre dans sa phase active. Emile Bollaert souhaite que Parilly soit traité "dans l’esprit des parcs naturels, où la main de l’homme devra autant que possible, passer inaperçue. L’ensemble du parc prendra ainsi plutôt le caractère d’un grand bois planté d’essences forestières". Loin d’une réplique de la Tête-d’Or, il entend reproduire les prestigieux modèles de Hyde Park à Londres, ou du bois de Vincennes à Paris ; mais comme les étendues brondillantes permettent bien des initiatives, il envisage aussi "divers aménagements : jardin d’acclimatation ou zoologique, terrains de sport, etc...". Dès 1936, un concours est lancé sur les bases énoncées par le préfet, et c'est un architecte-paysagiste lyonnais, Paul Bellemain (1886-1953), qui emporte le marché. En 1937, il déploie sous les yeux du préfet et devant le président du Conseil général Laurent Bonnevay, un magnifique plan aquarellé. Le rêve est là, incarné, tangible et en couleurs. Le nord-ouest du parc, entre le futur boulevard de ceinture et l’avenue Berthelot, sera dévolu à l’entrée d’honneur et à un jardin alpestre, avec vue sur les Alpes en prime. Plus à l’est, sur le sommet de la colline, une route en corniche serpentera entre le château d’eau et une patinoire naturelle - entendez un petit lac rond, dont on espère qu’il sera gelé chaque hiver. Au pied des balmes (les collines), sera creusée l’œuvre maîtresse du parc, un grand lac avec une île, des anses, des plages. Son eau alimentera une rivière artificielle dont les méandres mèneront jusqu’à la plaine des sports, prévue vers l’actuelle station de métro Parilly. Un stade, un gymnase, une piscine, des tennis et une immense pelouse "des ébats et d’éducation physique" compteront parmi ses équipements. Tout cela est bel et beau, s’exclame le préfet, mais où est mon zoo ? Oups ! Encore trois coups de crayons et le tour est joué. Le parc zoologique sera implanté à l’angle de la route d’Heyrieux et du boulevard de Parilly. Il aura droit à quinze hectares, une surface plus que suffisante pour un troupeau d’éléphants, les longs cous des girafes et le regard étonné des autruches ou des rennes que les savants du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris feront venir tout spécialement.

 

Les travaux commencent dès 1937, avec l’aménagement du jardin alpestre et les premières plantations de la forêt. Près de 300.000 arbres (!) sont achetés : des hêtres pourpres, des frênes à fleurs, des peupliers, des saules et des cyprès pour les abords du lac et de la rivière ; des pins, des cèdres, des sapins, des bouleaux et des érables pour la zone des Balmes, où l’on espère qu’ils permettront « d’obtenir de beaux effets décoratifs (…) tout en escamotant les parties désagréables à la vue : constructions, usines, etc. ». Dans le même temps, les allées sont tracées et les bulldozers entrent en action pour creuser le lac. Hélas, un an et demi plus tard la Seconde guerre mondiale éclate et stoppe les travaux, alors que seuls les terrassements, le jardin alpestre et une partie des plantations ont été terminés. Les restrictions imposées durant l’occupation portent de rudes coups à l’embryon de parc, car les habitants de l’agglomération viennent y couper du bois pour pouvoir se chauffer, tandis que les pelouses sont transformées en jardins potagers et en champs labourés. Ajoutez à cela les dégâts des bombardements, et vous comprendrez le triste tableau qu’offrait Parilly à la Libération.

 

Pourtant, déjà débordé par les dossiers extrêmement urgents et importants qu’impose la réparation des dommages de guerre, le Conseil général du Rhône place l’achèvement des travaux du parc parmi ses priorités. Les budgets étant en berne, il réduit toutefois la voilure du projet initial. Le stade ? Sa plate-forme sera aménagée avec les décombres du vieil hôpital de la Charité. La forêt ? On ira chercher des jeunes plants dans les bois départementaux de Saint-Appolinaire et de Vauxrenard, en Beaujolais, ainsi ils ne coûteront rien. La patinoire ? Tombée à l’eau. Le lac ? On verra plus tard, quitte à le transformer en hippodrome. Le zoo ? Il n’en est plus dit mot. Les arbres du Beaujolais ont remplacé les cous des girafes, la fourrure des lions, les rayures des zèbres. Pour la plus grande joie des écureuils.

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Descendre l'allée de la Pépinière puis en bas de la côte, prendre à gauche et se diriger vers la clôture de l'hippodrome.
  • Une borne-fontaine vous permet de faire provision d'eau potable.

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Illustrations

  1. Vignette
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  2. Vignette
    On peut remarquer le lac artificiel, à l'emplacement de l'hippodrome actuel
    Collection Archives du Rhône
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  3. Vignette
    Collection Archives du Rhône
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