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Etape 6 - Le nouveau Bron

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A l'emplacement où vous vous trouvez maintenant, il y a 300 ans, au début du 18e siècle, il n'y avait rien. Ou presque. Le quartier était couvert de champs et de bois, dans lesquels n'existaient qu'une grande bâtisse, mi ferme mi auberge - le "gros logis" - et surtout un relais de diligences royales, la "poste de Bron". Tous deux étaient implantés en bordure du chemin menant de Paris à Grenoble et à Turin, en Italie, qu'empruntaient une foule de voyageurs. C'est ce chemin qui amena la création du "nouveau Bron". Au cours des années 1730, le roi Louis XV décide de moderniser toutes les grandes routes du royaume, afin de doper le commerce de la France. A la place des vieux chemins tortueux, boueux à souhait, et si mauvais et dangereux qu'il fallait presque faire son testament avant d'entreprendre un voyage, il crée en une trentaine d'années un dense réseau de chaussées rectilignes, larges, très roulantes, qui d'un seul coup permettent de rallier Paris à Marseille en seulement 8 jours, au lieu de 12 auparavant. La route de Grenoble et de l'Italie, celle qui passe par Bron, est pour sa part aménagée à partir de 1748, "pour former des chaussées solides, et dans un état de perfection qui fournira aux voyageurs tous les avantages qu’ils peuvent désirer". Après cinq ans de travaux, Bron se trouve traversée par une belle chaussée de 8 mètres de large, suffisante pour que deux carrosses puissent se croiser sans encombre, et rectiligne sur plus de quatre kilomètres : notre actuelle avenue Franklin-Roosevelt.

 

La circulation s'en ressent immédiatement, qui devient de plus en plus dense. Du coup, attiré par les promesses de commerce, des aubergistes, des maréchaux-ferrants, des charrons, des bouchers, des boulangers, toute une population d'artisans et de marchands s'implante en bordure de sa chaussée, créant dans la deuxième moitié du 18e siècle un nouveau quartier de Bron, le "hameau du Grand Chemin". En 1812, ce hameau s'étend déjà de l'avenue Camille-Rousset à la rue du Pré-Vieux et compte alors 36 bâtiments, soit plus que le vieux village de la place de l'église. Ces bâtiments ressemblent à ceux qui se dressent encore au niveau du n°169 de l'avenue : construits en pisé, ils comptent un rez-de-chaussée dévolu à l'atelier de l'artisan ou à la boutique du marchand, et un étage, parfois deux, destinés aux pièces d'habitation. Dans le courant du 19e siècle, ces bâtiments essaiment tout au long de la route d'Italie, au point de s'aligner, tous à touche-touche, depuis le carrefour de la Boutasse jusqu'à l'avenue du 8-mai-1945, sur plus d'un kilomètre de long. Quelques petites usines viennent même s'y implanter, comme la fabrique de moteurs L. Guyot entre 1910 et 1920, qui valent au secteur le surnom de "quartier de l'Industrie". Le nouveau Bron supplante désormais, et de loin, le village ancestral.

 

Conséquence logique de cette suprématie, un bras de fer s'engage entre les "anciens" et les "nouveaux" Brondillants, les anciens voulant maintenir le chef-lieu de la commune dans le quartier de l'église, tandis que les nouveaux projettent de le déplacer vers le quartier du Grand Chemin. La guerre entre les deux quartiers éclate en 1850, à l'occasion de la reconstruction de l'église saint Denis. Les vieux Brondillants souhaiteraient conserver l’ancien site, par respect envers la tradition et aussi parce que leurs maisons se trouvent juste à côté. Les nouveaux habitants eux, tous ces étrangers venus de Lyon ou des confins de l’Isère, voudraient que la future église soit bâtie dans leur quartier, au bord de la route d'Italie. A les entendre, c’est là que bat maintenant le cœur de Bron : « alors que le vide et la solitude se font chaque jour dans l’ancien quartier, le mouvement de la population et toutes les constructions se portent vers la route nationale, et aujourd’hui la vie de la commune, son avenir et sa prospérité y sont rivés ». La querelle s’envenime, et l’évêque de Grenoble lui-même doit intervenir pour calmer le jeu : « la commune de Bron, qui semblait avoir recouvré le calme et la paix après de longues divisions, est encore menacée de devenir le théâtre de luttes très fâcheuses au sujet de la nouvelle église ». Un référendum permet de trancher : par 173 voix contre 67, décision est prise de raser le vieil édifice et de le reconstruire au même endroit, sur la place Curial actuelle. Le nouveau Bron perd donc la bataille de l'église. Mais pas celle de la mairie ni celle de l'école, qui sont gagnées au cours des années 1870, concrétisant définitivement le basculement du centre de gravité de notre ville sur l'avenue Franklin-Roosevelt.

 

Pour aller à l'étape suivante :

  • Tram T2 ou T5, arrêt Hôtel de ville - Bron.
  • Depuis le 169 avenue Franklin-Roosevelt, marcher le long de l'avenue en direction du boulevard Laurent-Bonnevay.
  • S'arrêter sur la place Weingarten, à l'ombre du cèdre du Liban.

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